--Je vous demande bien pardon, me dit le colonel Martinez en me prenant par le bras et m'emmenant avec lui, de ce qu'en parlant basque vous êtes resté étranger à notre conversation. Il ne s'agissait, au reste, que d'ordres de service que je vous ferai connaître. En attendant, venez voir passer la revue de la première bande qui vient d'être formée et qui va ouvrir la campagne!
Nous nous dirigeons vers la place de l'ayuntamiento, où la cornette (clairon) appelait les partisans logés chez les habitants. Je les voyais, le fusil sur l'épaule, sauter par les fenêtres pour être plus tôt dans la rue, et courir au lieu du rendez-vous. En moins d'un quart d'heure, trois cents hommes environ étaient placés sur deux rangs devant l'hôtel de ville.
--Voilà notre première bande! me dit le colonel avec un certain air de satisfaction; elle laisse encore peut-être beaucoup à désirer sous le rapport de l'armement et de l'équipement; mais on y pourvoira mieux plus tard. Je vais les inspecter; je vous laisse ici en spectateur.
J'avoue que l'impression produite dans mon esprit par cette bande ne fut pas bien favorable à la cause de don Carlos. J'avais devant mes yeux trois cents hommes de tout âge, depuis seize jusqu'à quarante ans, qui offraient, entre eux, d'étranges contrastes. Ils contrastaient bien plus encore par leurs équipements. Les uns étaient en blouse, les autres en vestes rondes de toutes couleurs; un petit nombre d'entre eux portaient des habits ou des redingotes; ceux-ci étaient tête-nue ou avaient un mouchoir serré autour du front; ceux-là portaient des casquettes ou des chapeaux à larges bords; cinq à six avaient des boinas ou bérets blancs qu'ils s'étaient achetés eux-mêmes. L'armement était plus bizarre encore que l'équipement. Il se composait de trabucos petits à large gueule, de trabucos plus longs, mais dont l'ouverture du canon était moins grande; de fusils à pierre, la plupart rouillés, de fusils à piston à un ou deux coups, et d'une dizaine de remingtons, tout au plus. Ceux qui n'avaient pas de fusils, et ils formaient au moins le tiers de la bande, étaient armés de gros bâtons, les uns emmanchés d'une baïonnette et les autres garnis simplement d'un fer.
Le colonel Martinez parcourut les rangs, et après une inspection qui dura trois quarts d'heure, il fit rompre les rangs aux cris de Vive Charles VII; et tandis que les partisans rentraient dans leurs logements respectifs, il vint à moi et me serrant la main:
--Adieu, me dit-il, demain matin je vous donnerai des nouvelles très-intéressantes, et je pense bien que vous ne nous quitterez pas encore. Adieu! (A Dios!)
H. Castillon (d'Aspet).
LES THÉÂTRES
Théâtre de Cluny. La Maison du mari, drame en cinq actes, de MM. X. de Montépin et V. Kervani.--:Théâtre-Français. Mademoiselle de la Seiglière. --Gymnase. L'École des femmes.
Si le lecteur avait bien net dans son souvenir le drame: Le Supplice d'une femme, j'aurais vivement rendu compte de la pièce de MM. de Montépin et Kervani, La Maison du mari, que le théâtre de Cluny vient de jouer avec un réel succès. Il me suffirait de prendre la comédie française au point où elle finit et de raconter l'épilogue que lui ont donné les deux auteurs de cette nouvelle pièce. Mais Le Supplice d'une femme n'est pas la loi et nul n'est tenu de le connaître.