M. Montigny, qui jouait Marivaux il y a quelques jours, à son théâtre, en est maintenant à Molière et à L'école des Femmes. Mlle Legaut joue Agnès avec un grand charme et une grande sensibilité, ce qui ne me paraît pas hors de propos avec un tel personnage: c'est Pradeau qui joue Arnolphe. Quoi Pradeau, ce comédien des petits vaudevilles? Lui-même. Je sais qu'il manque de force au cinquième acte et que la portée de ce beau drame humain lui échappe, mais je sais aussi que dans les deux premiers, il est plein de vérité scénique, de justesse, d'esprit et de finesse, et qu'il a joué le troisième avec une franchise rare: Sa scène de début avec Agnès est des plus remarquables; et qu'on ne s'y trompe pas, il y a dans cette bonhomie un vrai comédien de Molière. Pradeau n'aurait-il dit de la façon dont il l'a dite que cette merveilleuse scène du poète, cela suffisait au succès que le public n'a pas ménagé à ce nouvel interprète de Molière. Quand je pense à Pradeau des Deux aveugles!

Aurai-je deviné, quand je l'ai vu petit,
qu'il croîtrait pour cela?

M. Savigny.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les Roses, un volume avec planches, chez J. Rothschild. --Il y a des mots qui sont, pour ainsi dire, odorants, celui-ci entre autres, ce joli mot, le mot rose. On aime à l'écrire. Il évoque tout un monde de souvenirs ensoleillés et de parfums. Redoutté, le fameux peintre de fleurs, aima par-dessus tout les roses. Cette passion se conçoit; Quelle fleur égala celle-ci? Elle a sa légende: les Grecs voulaient qu'elle fût devenue vermeille parce qu'elle avait été teinte du sang de Vénus, disaient les uns, du sang d'Adonis, disaient les autres. Un chrétien, mieux que cela un saint, s'il vous plaît, saint Basile, prétend qu'à la naissance du monde toute rose était sans épines. Les épines poussèrent à mesure que les hommes eurent ta sottise de mépriser la beauté des roses.

M. J. Rothschild, un éditeur artiste entre tous, et qui nous donnait, il y a quelques années, de si beaux volumes sur les Plantes au feuillage coloré, sans compter l'admirable publication de M. Alphand, les Promenades de Paris et les livres du Dr Hœfer, le Monde des bois, etc, M. Rothschild a publié tout un volume sur les Roses et tout un volume sur les Pensées. Je ne sais rien de plus réussi que ces publications qui, par les chromolithographies, mettent sous nos yeux la nature même, la fleur, en quelque sorte vivante avec sa couleur. Que d'espèces de roses, fort inconnues, et que nous pouvons admirer ainsi! De tels livres sont plus que des livres, en vérité, ce sont de véritables parterres. Je vous garantis que le peintre Redoutté ou Saint-Jean encore en seraient jaloux.

[(Agrandissement)]
PLAN DU COMBAT NAVAL DE CARTHAGÈNE.

Depuis longtemps je devais signaler ce beau volume à l'attention des amateurs. Il a fait son chemin et il est devenu quasi célèbre sans moi; mais il est toujours temps de le louer comme il le mérite. Ce n'est point le seul livre de ce genre qui honore le nom de M. J. Rothschild. Que de publications à la fois scientifiques et artistiques entreprises par ce même éditeur! il a une bibliothèque florale, si je puis dire, et en même temps une bibliothèque hippique. Son livre, le Cheval, et son très-curieux volume sur les Haras, avec les portraits des éleveurs, des entraîneurs, des jockeys, sont d'une utilité absolue pour tous ceux qui, comme moi (je l'avoue à ma honte), sont de purs ignorants en matière de turf.

Mais je préfère encore ce joli livre les Roses, et je le regarderai longtemps encore lorsque la renommée de Boïard aura rejoint, parmi les vieilles lunes, la gloire d'Isabelle la bouquetière et celle de Gladiateur.