BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, par MM. Ch. Daremberg et Emu. Saglio. (Hachette et Cie.)--La Librairie Hachette vient à peine de terminer ce monument qui s'appelle le Dictionnaire de la Langue française, de M. E. Littré, qu'elle entreprend la publication d'un monument littéraire nouveau, le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments. La vie publique et privée des anciens est aujourd'hui, on peut le dire, perçue à jour. On connaît dans toutes ses manifestations cette vie antique. Les érudits de ce temps reconstituent, en quelque sorte, mois par mois, l'existence d'un Cicéron ou d'un Démosthène. Sur ce point, la science française peut offrir des modèles à l'orgueilleuse science allemande. Mais tout le monde, après tout, n'est point Gaston Boissier ou un Georges Perrot, et bien des érudits ne sauraient expliquer couramment, comme va le faire le présent Dictionnaire, les termes qui se rapportent aux mœurs, aux institutions, à la religion, aux arts, aux sciences, au costume, au mobilier, à la guerre, aux métiers, aux monnaies, à tout ce qui est, en somme, l'antiquité prise dans sa vie quotidienne, intime ou collective. C'est précisément ce que prétend faire ce Dictionnaire des Antiquités, rédigé par un groupe d'écrivains spéciaux, d'archéologues, de professeurs, de savants. M. Saglio, dont l'érudition est connue, a pris la direction de ce travail, tout d'abord commencé par lui en collaboration avec M. Charles Daremberg, trop tôt enlevé aux lettres françaises. On ne saurait juger, dès à présent, un tel livre, qui ne comprendra pas moins d'environ vingt fascicules (il en paraîtra trois ou quatre par an). Mais il importe de le signaler comme un des ouvrages qui devront faire le plus d'honneur à notre science nationale.

Rien n'a été négligé pour faire de ce Dictionnaire des Antiquités à côté duquel le livre que traduisit M. Chéruel n'est plus qu'un résumé, une œuvre monumentale. L'impression est admirable et claire; les figures, fort nombreuses dans le texte, ont un caractère tout à fait scientifique et artistique. Ce sont des illustrations au trait, d'une netteté absolue, dans le genre des compositions célèbres de Flaxman, mais bien autrement vraies et, pour tout dire absolument exactes. Les gens du monde, autant que les chercheurs, prendront goût et trouveront profit à feuilleter, à étudier ce Dictionnaire. Ne faut-il pas être, comment dire? un peu savant soi-même pour admirer à loisir un tableau de Gérôme ou une composition d'Alma Tadéma. Le premier fascicule de l'œuvre actuelle nous promet une somme énorme de science toute condensée, toute réunie, toute classée. On y trouve déjà des articles définitifs sur Achilles, sur l'Acropole, les Acta populi, les Acta militaria etc., sur l'Adoption, sur Æneas, bref sur tous les noms anciens compris entre A. et Agr.

Ce maître-livre est digne de la maison Hachette qui commence en même temps un Molière (annoté par M. Despois) dans sa collection des Grands Écrivains, qui continue sa curieuse Bibliothèque des Merveilles, achève l'Histoire de France de M. Guizot, réédite Saint-Simon dans un format portatif, crée un journal d'enfants, le Journal de la Jeunesse, et a complété une Bibliothèque militaire qui restera, en somme, un modèle de bibliothèque sommaire à l'usage des officiers. Ce sont là de beaux et bons livres.

Histoire d'Héloïse et Abailard, par Marc de Montifaud. (1 vol. in-32).--Je suis bien en retard avec ce joli volume; c'est que j'ai hésité longtemps à en parler, Ou du moins à en parler ici. Il est écrit d'un ton si brûlant, si passionné qu'en vérité je n'oserais le recommander à mes lecteurs habituels, et, d'autre part, il est si vaillamment écrit, si coloré, si entraînant que je ne voudrais point passer pour un critique morose et faire la moue à cette œuvre d'art. Autant vaudrait, comme dit M. Marc de Montifaud, faire le procès de Phidias, parce qu'il a tiré des formes séduisantes d'un bloc de marbre. On s'imagine tout ce qu'une plume émue peut tirer d'une légende aussi séduisante que celle d'Héloïse et d'Abailard. La rue du Chantre, le monastère d'Argenteuil, le Paraclet sont les décors superbes où M. M. de Montifaud a placé ses duos d'amour. On éprouve parfois, à les écouter, la griserie qui vous prend après l'acte du jardin du Faust de Gounod. Et pourquoi la plume ne pourrait-elle exprimer ce qui est librement permis à la musique? «L'accent qui émeut est celui qui vous crée à travers l'histoire: J ai mon cœur humain, moi!» C'est cet accent qu'a recherché M. de Montifaud. Il l'a trouvé. Il a été même plus loin que le cœur humain; l'extase déborde parfois dans ces pages capiteuses. On perd pied; on s'enivre d'encens. Encore une fois, c'est là une œuvre d'art qu'il faut faire relier avec soin et mettre, en son vêtement artistique, sur un rayon de choix de la bibliothèque, mais un rayon peu accessible à tous.

Jules Claretie.

NOS GRAVURES

Inauguration de la statue de Vauban à Avallon (Yonne)

Le 25 octobre dernier a eu lieu dans la très-vaillante, très-patriote et très-jolie petite ville d'Avallon l'inauguration de la statue de Vauban.

Le temps était superbe et la foule immense.