--Au surplus, Francisco ne peut tarder de venir me rejoindre ici, et avec lui vous pourrez peut-être mieux vous entendre.

A ce nom de Francisco, qui jouissait dans la contrée d'une considération et d'une réputation sans égales, tous les volontaires furent unanimes pour attendre l'arrivée du fameux contrebandier et se ranger à son avis. En attendant, on se mit à boire, et les Basques, en général, s'acquittent fort bien de cette fonction, ainsi que je puis l'affirmer, en ayant été maintes fois le témoin oculaire.

A onze heures ou minuit environ, la porte de l'habitation s'ouvrit tout à coup discrètement et Francisco, suivi de huit grands gaillards tout couverts de neige, fit son entrée dans la salle commune où nous étions réunis, les membres de la famille, les volontaires et moi. Et sans perdre de temps, venant droit à moi:

--Nous sommes là, me dit-il à demi-voix; tout est prêt, il faut partir!

Pendant que je me dirige vers la porte de sortie, Francisco dit quelques mots aux volontaires, et tous ensemble, enrôlés et contrebandiers viennent à ma suite. Au-devant de la porte stationnaient douze mulets chargés de caisses renfermant des armes, des munitions et des gibernes. Le cortège se mit aussitôt en marche à travers les montagnes, sous la direction de Francisco.

Quel est le chemin que nous suivîmes? Comment Francisco fit-il pour nous faire éviter des précipices dont ces montagnes sont remplies? C'est ce que je ne pourrais dire. Toujours est-il qu'à quatre heures du matin nous entrions tous, sains et saufs, dans Vera, où chacun se rendit à ses affaires. Quant à moi, j'allais à l'auberge pour prendre un repos que j'avais bien gagné et dont j'avais extrêmement besoin.

Le colonel Martinez, enchanté d'avoir des armes et des munitions, vint me voir dans la journée et m'engagea à rester quelques jours encore à Vera, où j'assistai à la formation de deux nouvelles bandes: celle de Sorouëta, qui s'établit à Lessaca, et celle d'Etchegoyen, qui alla prendre sa garnison à Oyarzun. Ces deux bandes et celle du colonel Martinez furent les trois premières organisées dès le commencement de l'insurrection; et Vera, Lessaca et Oyarzun les trois seuls postes carlistes dont celle-ci disposa jusque vers la fin du mois de février.

Le but de mon excursion étant atteint, je retournai à Irun, mon quartier-général, à moi. Le colonel Martinez voulut m'accompagner jusqu'à moitié chemin, malgré le danger qu'il avait à courir. En me quittant, ce brave officier, un peu trop enthousiaste de son naturel:

--Adieu, me dit-il; nous nous reverrons bientôt, sinon ici, du moins à Madrid!

H. Castillon (d'Aspet).