L'Enfant.
«Darwin dans son livre traitant de la variation des animaux, indique un rapport entre l'absence de poils et un défaut dans le nombre ou la grosseur des dents. Il cite, d'après Varrell, le peu de dents des chiens égyptiens nus et chez un terrier sans poils. Lcedgwick a observé chez l'homme plusieurs cas frappants de calvitie héréditaire, accompagnés d'un manque total ou partiel de dents. Le célèbre naturaliste anglais tire des citations précédentes une connexion entre l'absence de poils et une anomalie dans le système masticateur, soit le manque de dents, soit leur surabondance. M. Crawfurt a vu, à la cour du roi des Birmans, un homme d'une trentaine d'années dont tout le corps, les pieds et les mains exceptés, était couvert de poils soyeux et droits qui atteignaient sur les épaules et l'épine dorsale une longueur de cinq pouces; à sa naissance, les oreilles seules étaient velues. Il n'arriva à la puberté et ne perdit ses dents de lait qu'à l'âge de vingt ans, époque à laquelle elles furent remplacées par cinq dents à la mâchoire supérieure, quatre incisives et une canine, et quatre incisives à la mâchoire inférieure; toutes ses dents furent petites.
Mâchoire de l'enfant.
«Cet homme, du nom de Schwe-Maong, eut quatre filles; la dernière seulement lui ressemblait. Quant aux poils qui commencèrent à se montrer dans les oreilles, à l'âge adulte, cette dernière portait barbe et moustaches: cette particularité étrange avait donc été héréditaire. C'est probablement cette femme, née en 1822; que virent les officiers anglais qui mentionnent ce phénomène dans l'Inde, à Ava, en 1855, c'est-à-dire dans le même lieu où Crawfurt avait vu le père en 1824. La traduction de cet auteur anglais dans tout son développement, a été lue dernièrement à l'Académie par M. Roulin.
«Darwin relate encore, comme cas de ce genre, la Julia Pastrana, ayant une forte barbe, tout le corps velu ainsi que la face, surtout le front et le cou, et, comme particularité la plus intéressante, la présence d'une rangée double et irrégulière de dents aux deux mâchoires, ce qui donnait au sujet un très-fort prognathisme et un profil simien.--Je puis affirmer que Darwin se trompe en disant que la Pastrana avait deux séries de dents concentriques: j'ai constaté, chez un docteur de mes amis qui possède le moule en plâtre de la bouche de la chanteuse velue, que ses dents, assez mal distribuées du reste, se trouvent placées intérieurement à une affection hypertrophique des gencives, à la partie extérieure des deux os maxillaires. Cette affection, très-développée, remplissait tout le vestibule de la bouche et repoussait les lèvres en les tuméfiant et les tenant entr'ouvertes, ce qui ajoutait encore à l'aspect bestial du sujet. Après, avoir pris en considération l'anomalie que nous signalons, le diamètre antéro-postérieur de la bouche n'était réellement pas de nature à faire varier trop sensiblement l'angle facial.
«J'eus dernièrement l'occasion de questionner, au sujet de ce phénomène, un voyageur érudit qui a longtemps vécu en Amérique; il a pu me renseigner d'une façon très-précise sur Julia Pastrana, la chanteuse espagnole de l'Amérique du Sud, dite la Femme-Ours, qu'il connut au Canada vers 1858; elle était très-brune, de petite taille et bien proportionnée, avait les extrémités délicates, les ongles jaunes, une belle poitrine, le nombril très-proéminent et probablement coupé avec les dents comme cela se pratique fréquemment dans l'Amérique du Sud. Ses cheveux étaient longs, très-noirs, gros comme des crins de cheval, et sa barbe envahissante était rude; son front, chargé de poils jusqu'à ses sourcils épais, ombrageait des yeux doux et humides, bordés de longs cils noirs; sa face était surtout hideuse par le développement exagéré des lèvres à demi ouvertes, elle parlait difficilement et chantait en espagnol dans les cordes douces (mezzo-soprano). Les parties les plus velues étaient, après la figure, le dessus des épaules et des hanches, la poitrine et la colonne vertébrale. Sur les membres, la pilosité était surtout à la face interne.
«Pas de renseignements sur les ascendants.
«Je joins le portrait de la Julia Pastrana à ceux d'Andrian et de son fils. J'ai représenté ces derniers la bouche ouverte pour compléter l'observation, réunissant ainsi les deux particularités de ces phénomènes.