--Caramba! ne le voyez-vous pas? repartit l'Espagnol en montrant l'horizon.
--Je vois un petit nuage; rien de plus.
--Rien de plus?
--Non. On dirait plutôt de la fumée, mais ce ne peut être cela; il n'y a pas un brin d'herbe à dix milles à la ronde dont on puisse faire du feu. Du reste, que pourrions-nous craindre ici, ne sommes-nous pas chez nous?
--Ce n'est ni de la fumée ni du feu; c'est bien pis, c'est de la poussière.
--De la poussière! mais alors elle ne pourrait provenir que du galop d'une troupe de cavaliers?
--Nous n'avons rien à redouter de ce genre; des hommes? un ennemi? Allons donc! Aussi n'est-ce de rien de pareil qu'il s'agit. Si ce n'était que cela nous pourrions nous mettre à l'abri d'une attaque en retournant vers les bois. Mais cette poussière n'est produite ni par des hommes ni par des chevaux. Si mes yeux ne me trompent pas, c'est la tormenta.
--La tormenta! répétèrent d'une seule voix tous les Indiens et d'un ton qui dénotait qu'ils ne connaissaient que trop bien le terrible phénomène.
--Oui! s'écria le vaqueano après avoir examiné le nuage encore pendant quelques secondes. C'est bien la tormenta et pas autre chose. Malédiction!»
Déjà l'ombre s'était sensiblement étendue le long de l'horizon et elle grandissait rapidement sur le fond bleu du ciel. Elle présentait une couleur d'un brun jaunâtre semblable à un mélange de vapeur et de fumée tel que celui qui provient des flammes à demi-éteintes d'un incendie. Parfois des traits de lumière indiquaient qu'elle était sillonnée d'éclairs.