Cependant, à l'endroit où les sauvages s'étaient arrêtés, le soleil brillait encore avec sérénité, et l'air calme et tranquille n'était pas agité du moindre souffle.

Mais ce calme n'était pas sincère; il était accompagné d'une chaleur lourde et étouffante dont plusieurs d'entre les Indiens s'étaient plaints quelques instants auparavant. Ils venaient à peine de cesser de parler, chacun des hommes de la troupe avait à peine eu le temps de se rendre compte du péril qui les menaçait, et déjà, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, de violentes rafales d'un vent glacé avaient fondu sur eux avec une telle fureur, que quelques-uns des jeunes gens, perdant tout à coup l'équilibre, avaient roulé à terre, précipités par cette force invisible.

Bientôt, à la clarté radieuse du jour succéda, sans transition, une épaisse obscurité comparable à celle de la nuit, et ils s'en trouvèrent comme enveloppés. Le nuage de poussière avait passé devant le disque du soleil et l'avait complètement éclipsé.

Remis de ce premier assaut, quelques-uns proposèrent de galoper en arrière pour aller chercher l'abri des arbres; mais il était trop tard pour penser à la fuite; avant qu'ils eussent accompli cette course de dix milles, la tormenta les eût atteints.

Le vaqueano le savait, et il proposa d'agir tout différemment.

«Descendez de vos chevaux, cria-t-il, et tenez-les entre vous et le vent. Couvrez vos têtes avec vos jergas. Faites-le si vous ne voulez pas être aveuglés pour toujours. Vite, ou il ne serait plus temps!»

Les jeunes Indiens, connaissant l'expérience de leur compagnon au visage pâle, se hâtèrent d'obéir. En un instant chacun d'eux, bien entortillé d'après la recommandation du guide, s'était caché derrière son cheval en s'efforçant de maintenir l'animal pour l'empêcher de perdre position.

(La suite prochainement.)

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Le général Changarnier