Le rôle qu'a joué le général Changarnier dans l'œuvre de la fusion, le projet de prorogation des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon, dont il a pris l'initiative, après le renversement de ses espérances de restauration, ont appelé en ces derniers temps trop vivement sur lui l'attention publique, pour que nous ne nous croyions pas obligés de donner son portrait.
Le général Changarnier est né à Autun, le 26 avril 1793; il est donc aujourd'hui dans sa quatre-vingtième année. Sorti de Saint-Cyr en 1815, il prit part, en 1828, comme lieutenant, à la campagne d'Espagne. La révolution de 1830 l'envoya en Afrique, où un heureux combat d'arrière-garde, en 1826, pendant la retraite de Constantine, fut le point de départ de sa fortune. Nommé lieutenant-colonel en 1837, il fut fait maréchal de camp, le 21 juin 1840, à la suite de l'expédition de Médéah, et en 1843, la réduction des tribus des environs de Tenez, qui soutenaient Abd-el-Kader, lui valut le grade de général de division.
Après la révolution de 1848, il vint offrir ses services au gouvernement provisoire dans des termes qui témoignaient de la haute estime qu'il avait de son mérite personnel. Le général Cavaignar, devenu-chef du pouvoir exécutif, lui confia le commandement de la garde nationale de Paris, qu'il garda après l'élection présidentielle, et auquel il joignit plus tard celui des troupes de Paris, qu'il perdit lorsque, à l'Assemblée législative dont il était membre, il se montra alors contraire à la politique de Louis-Napoléon. L'Assemblée, qui rêvait un coup d'État monarchique, tenta alors de donner en échange à ce Mouck en expectative, le commandement des troupes destinées à veiller à sa propre sûreté; mais la tentative ayant échoué, le général Changarnier, qui avait étendu solennellement sur la tête des conspirateurs monarchiques, dans une séance fameuse, cette même épée protectrice qu'il avait offerte au gouvernement provisoire, fut impuissant à se protéger lui-même. Arrêté le 2 décembre, il fut enfermé à Mazas comme le premier bourgeois venu et rentra dans l'ombre où il devait rester vingt ans.
On sait le reste. En 1870, il offrit ses services à l'empereur et s'enferma dans Metz avec le maréchal Bazaine, dont, à deux ans de là, en même temps qu'il attaquait le glorieux défenseur de. Belfort, il devait faire l'éloge en pleine Assemblée nationale, où il avait été envoyé par trois départements: la Gironde, le Nord et le département de Saône-et-Loire.
L. C.
Lecture du Message présidentiel par M. de Broglie à l'Assemblée nationale
Nous parlions tout à l'heure de la proposition Changarnier relative à la prorogation des pouvoirs du président actuel de la République, M. le maréchal de Mac-Mahon. Cette proposition, comme on l'a dit, a un préambule: le message présidentiel, dont M. de Broglie, vice-président du conseil, a donné lecture le 5 novembre dernier, à la séance de rentrée de l'Assemblée. C'est après le tirage des bureaux, à trois heures, devant une Chambre qui jamais n'avait vu réuni un pareil nombre de députés, en présence de tribunes garnies de toutes les notabilités, que M. le vice-président est solennellement monté à la tribune. On a remarqué que pendant toute la lecture il s'est tenu tourné du côté de l'opposition républicaine. On eut dit qu'il parlait exclusivement pour cette portion de la représentation du pays, que visait d'ailleurs le document dont il donnait communication. Son attitude était fort assurée, sa voix nette bien que faible. Il comptait certainement sur une victoire complète. La majorité des quatorze voix, réduite à treize le lendemain, l'a un peu déconcerté. Néanmoins, telle quelle, c'était une victoire, bientôt suivie, comme l'on sait, d'un échec dans les bureaux. Voilà donc M. le vice-président du conseil et les trois gauches manche à manche. Qui gagnera la belle? C'est ce qu'il nous reste à savoir et ce que nous saurons bientôt.
Incendie de l'Opéra
DÉCOUVERTE DU CORPS DU POMPIER BELLET
Le caporal des sapeurs-pompiers Bellet a déjà sa légende, que tout Paris sait par cœur; mais, comme toute légende, celle-ci s'écarte, un peu de l'histoire véritable. Nous avons assisté au dernier acte de ce lugubre drame, et nous sommes en mesure de rétablir les faits; le caporal Bellet est tombé non pas dans la salle, au milieu de la fournaise, comme on l'avait dit, mais dans un étroit espace séparé de celle-ci par toute la profondeur de la scène, et qui servait à la fois de corridor et de loge de chant; il n'a pas été brûlé vif, comme on l'avait cru, mais enterré sous les décombres, où son cadavre a été retrouvé sans une brûlure, mais avec la tête à demi-écrasée par la chute d'un pan de mur; la mort avait été instantanée. L'endroit d'où le brave sapeur est tombé était à quelques mètres seulement de celui où l'on a retrouvé son corps; c'était la loge des coryphées, où vingt-deux femmes s'habillaient; Bellet devait rester à la porte de la loge; c'est pour diriger de plus près le jet de sa lance qu'il s'est avancé sur le plancher qu'on lui avait signalé comme dangereux et dont la chute l'a entraîné; il était alors environ six heures du matin; le feu était circonscrit, et l'on se félicitait déjà de n'avoir aucune mort à enregistrer.