Au fond d'une gorge ombreuse couverte d'arbres superbes coule la Tiretaine, bordée de moulins et de fabriques, qu'animent les eaux de cette rivière. Une curiosité naturelle y attire les touristes: la célèbre grotte de Royat. Cette grotte est creusée dans une masse de rochers basaltiques splendides. Elle a 11m de profondeur, sur 8m de largeur et 3m 50 de hauteur maximum. Sa voûte est arrondie en coupole à ses extrémités, et les parois en sont tapissées de lichens et de mousses, aux tons verts et noirs, à reflets de velours. Le terrain, formé de lave écrasée, est rouge. De cette grotte, où l'on jouit en été de la plus agréable fraîcheur, jaillissent plusieurs sources limpides et abondantes qui laissent tomber leurs eaux dans un lavoir, d'où elles vont ensuite se mêler à celles de la Tiretaine.
Royat commence là. Ses premières maisons ont les pieds dans l'eau. Les autres grimpent le long de la montagne dans un désordre qui, pour n'être pas un effet de l'art, n'en a pas moins des charmes. On dirait un troupeau de chèvres. Certaines semblent vagabonder et rechercher de préférence les lieux escarpés. Tout en haut est l'église, qui ressemble à un château fort. C'est, pour continuer la comparaison, le bouc veillant sur le troupeau. Son sommet, au milieu des arbres, apparaît couronné de mâchicoulis appuyés sur une série d'arcs à plein cintre que supportent des consoles. Un clocher octogonal surmonte le tout. De ce point, de quelque côté que l'on regarde, on jouit de la plus magnifique vue. Ici c'est le puy de Dôme avec les puys qui lui font cortège; là c'est le Graveneyre, et dans les brumes le plateau de Gergovie; de cet autre côté, voilà la ville savante, Clermont, et, derrière, le lit de l'ancien lac, qui est aujourd'hui la riche plaine de la Limagne...
Louis Clodion.
Scènes de la vie Irlandaise
L'Irlande devrait être un grenier d'abondance, et cependant elle est pauvre. En vain sa fertilité appelle le travail des habitants, contraints la plupart du temps de le refuser. C'est que les fermiers gémissent sous l'oppression de gens d'affaires qui prennent à bail général les terres que leurs propriétaires n'osent habiter, non sans raison. La faim est mauvaise conseillère, comme en témoignait dernièrement un de nos dessins; Le meurtre d'un landlord par son fermier.
Mais aussi quelle misère!
Dans de pauvres cabanes, construites en terre et divisées en deux parties par un mur, vivent bêtes et gens; les maîtres grouillant et couchant pêle-mêle dans l'un des compartiments; dans l'autre, les bêtes domestiques; la vache et la chèvre qui donnent leur lait, le mouton sa laine, le porc sa chair, quelquefois aussi un de ces jolis petits chevaux que l'on nomme hobby. Mais ce sont les plus riches seulement qui possèdent tant d'hôtes. Beaucoup n'ont qu'une vache ou une chèvre, avec quelques porcs qu'ils ne mangent pas, mais qu'ils vendent, pour n'arriver pas, la plupart du temps, à payer le montant des redevances qui les écrasent. Leur nourriture habituelle est un pain grossier d'avoine, des pommes de terre, des œufs, du lait et quelquefois du poisson. Quant à leur habillement, on devine ce qu'il peut être, des guenilles malpropres, des loques qui pendent, effilochées, le long de leurs jambes nues. Pour les enfants, c'est à peine s'ils connaissent l'usage des vêtements.
L'excès de la souffrance a produit chez eux ces vices qu'on leur reproche: la paresse et l'ivrognerie. Car pourquoi travailler si le travail ne peut améliorer leur sort? Et nés fatalement pour le malheur, peut-être sont-ils excusables de demander au whiskey quelques instants d'oubli. Mais ces vices sont compensés par les qualités les plus rares. Les Irlandais sont courageux, patriotes, hospitaliers, fidèles à la parole donnée, affables, polis et gais malgré tout. Le dimanche est toujours pour eux un jour de fête. Leur grand plaisir de se réunir pour danser au son de la cornemuse; et si, ce jour-là, le produit du marché a quelque peu rempli leur gousset trop souvent vide, je vous laisse à penser si le whiskey circule à la ronde! Malheureusement il pousse à la querelle, et il est rare que la fête se termine sans horions.
L. C.