Me plaît bien davantage encore!
Rapprochez ces verselets des strophes superbes du Lac et des lamentations du Crucifix, et dites-moi si l'on pouvait soupçonner dans cet imitateur des poétereaux du XVIIIe siècle le grand poète du XIXe. C'est à ce titre que ces volumes sont particulièrement intéressants: nous étudions Lamartine dans l'œuf, si je puis dire. Ailleurs, le génie déploiera librement ses ailes. Ici, il les secoue et les essaie, et, après le triomphe d'un grand homme, je ne sais rien de plus captivant que ses premiers pas et ses premiers cris: l'apothéose a son prix et l'aurore a le sien. Or, à proprement parler, ce qu'on rencontrera dans cette Correspondance, et ces Poésies, c'est l'aurore de Lamartine.
Libération du territoire, par M. Albert Loustaunan. (Au profit de l'Œuvre des Alsaciens-Lorrains).--C'est là, avec la pièce célèbre de Victor Hugo, tout ce qu'a produit ce grand fait de l'évacuation du territoire. Quand j'aurai dit que les vers de M. Loustaunan ne valent pas ceux de V. Hugo, je n'étonnerai personne, mais il y a de l'émotion et un sentiment très-juste dans ces vers d'un poète, qui s'écrie:
Il n'aura point cessé notre asservissement
Tant que les prisonniers de l'Alsace-Lorraine,
Nos frères, gémiront sous la verge et la chaîne
D'un garde-chiourme allemand!
Les amours sauvages, par M. Paul Perret. (1 vol. in-18. Michel Lévy.)--M. Paul Perret a signé là son meilleur roman peut-être. Le contraste entre le caractère d'une femme, qui descend des Sarrazins, et le milieu provincial où elle est jetée est bien saisi, bien peint, avec des couleurs justes et suffisamment violentes. Ce roman avait déjà paru sous ce titre: La Sarrazine. Il mérite d'être lu et le sera avec plaisir.
Les Drames de la forêt, par M. Alexis Bouvier. M. Alexis Bouvier est un écrivain de l'école robuste, une sorte d'Amédée Rolland en prose. Il a publié, depuis un an, des romans vigoureux: les Pauvres, les Soldats du désespoir, Auguste Marette, des récits violents, trop violents parfois, mais mâles et hardis. Les Drames de la forêt sont de la même école et de la même venue. Le braconnage, les amours tragiques, les meurtres dans les fourrés, remplissent ces pages brutales et solides. Cette sève vaut mieux que bien des anémies, et on lit ces livres avec plaisir, sans fatigue et souvent avec beaucoup d'émotion.
Une gommeuse, par Camille Périer. (1 vol. in-18. Dentu.)--Les gommeux sont les successeurs des petits crevés, les héritiers des gandins, les fils des lions, les petits-neveux des muscadins. Ils ont changé de nom, selon les temps; mais, à toutes les époques, ils eussent pu se nommer les inutiles et même les nuisibles. Mme Camille Périer, quittant ses récits algériens, a voulu peindre un coin de la vie parisienne nouvelle. Elle a pris pour héroïne (quelle héroïne)! une gommeuse d'aujourd'hui, une merveilleuse d'autrefois. Peut-être a-t-elle poussé à l'horrible ce type de femme; peut-être l'a-t-elle présentée sous des couleurs trop sombres. Cette gommeuse est pis qu'une coquine, c'est une criminelle: sa scélératesse dépend de la cour d'assises. Le roman est d'ailleurs singulièrement attachant, et c'est un bon gros drame dans le genre de ceux qu'aimait ce pauvre Gaboriau. Il y a un public, et un public passionné pour ces œuvres.