Ces larmes de nos veux ont roulé de ton cœur!
On reconnaît, on retrouve là le véritable Lamartine, le poète des Méditations. Il y a bien un autre Lamartine, qui nous est également sympathique, c'est celui dont on pourrait dire ce que Sainte-Beuve a dit de Lamennais, qu'il a sauté, «comme à saute-mouton», du catholicisme à la démocratie. C'est le Lamartine tribun, le Lamartine patriote, le Lamartine homme d'État. Mais celui-là, dont M. Ch. de Mazade nous a conté l'existence dans un livre excellent, nous ne le rencontrons point dans ces premiers volumes. Le Lamartine que voici est semblable, intellectuellement parlant, au portrait que Flameng a gravé pour cette édition, et qui nous montre un jeune homme de vingt-trois ans, mince, fluet, admirablement beau, le profil pur, les cheveux frisés, vêtu de cet habit à collet haut auquel vous condamnait la mode d'alors. C'est le Lamartine sérieux et rêveur, sans doute, mais souriant aussi, de la Correspondance publiée par Mme Valentine de Lamartine.
Ce Lamartine de 1807 à 1812 est vraiment bien intéressant et parfois bien inattendu: il versifie, il s'amuse, il lit, il aime, il voyage, il raille, lui qui plus tard ne voudra plus savoir ce que c'est que la raillerie. Il fait des chansons, lui qui fera des odes. Il improvise sur l'air: Femmes, voulez-vous éprouver, etc.
Que j'aime à voir, dans mon jardin,
Rougir une rose nouvelle,
Et dans sa fraîcheur du matin,
M'offrir sa parure vermeille!
Mes amis, entre nous soit dit,
Ma belle et simple Éléonore,
Quand son modeste front rougit,