«LE PAYSAN ET LE FARFADET.
«Il y avait une fois un paysan appelé Truphème.
«Le paysan alla à la foire de Leipzig et y fit l'emplette d'un farfadet.
«Ah! c'était un beau farfadet! Le grand Goethe en eut donné mille thalers, tant le sujet était bizarre; maître Cornélius, le peintre en renom, l'aurait acheté plus cher pour cette raison que le génie: lui aurait appris l'art de ne pas être avare de couleur. Le peuple de Berlin l'eut payé plus cher encore, en ce que le farfadet, persifleur intrépide, aurait trouvé moyen de se moquer publiquement du roi de Prusse et de son casque surmonté d'un paratonnerre.
«Le paysan ne l'avait pris que pour amuser sa maison.
«Au logis, Truphème put voir qu'il amusait trop son monde.
«Vingt-quatre heures ne s'étaient pas écoulées qu'il avait changé la ménagère en grande coquette de théâtre. Du garçon de charrue il faisait un raisonneur, barbouillé de philosophie. Le chien du berger lui-même était déjà en train de subir une métamorphose; il se changeait en herboriste capable de rivaliser avec M. de Humboldt.
«--Maudit farfadet! dit le paysan,--et il l'enferma dans sa grange.
«Dans la grange, tout fut bien vite brouillé et embrouillé. Les vesces se mêlèrent au blé; l'avoine ne fit plus qu'un avec le colza.
«--Je ne vois qu'un moyen de me défaire de ce drôle, dit Truphème.