L'art a ses époques glorieuses, ses temps heureux et féconds qui voient éclore par groupes les génies qui l'illustrent. Si le XVIe siècle a eu en Italie sa pléiade de peintres et de sculpteurs, si la France de Louis XIV a salué cette foule d'écrivains qui la font si grande que nous doutons que l'avenir puisse jamais l'atteindre dans sa poétique grandeur, la musique a eu à son tour son avènement, son incomparable expansion. Dans le demi-siècle compris de 1790 à 1840, elle compte des hommes comme Mozart, Cimarosa, Spontini, Rossini, Beethoven, Weber, Mendelsohn, Meyerbeer: jours bénis dans lesquels Boieldieu, Hèrold et Auber n'apparaissent qu'au second rang. Ces grandes individualités ont disparu; la musique n'a plus de nos jours un nom qui égale ces maîtres d'un passé si près de nous, mais nous nous consolons en songeant que cet art ne s'est pas éteint puisqu'il se glorifie encore des opéras de Félicien David, de Thomas et de Ch. Gounod, et que leurs œuvres acclamées par nous affirment à l'étranger la supériorité actuelle de notre école française.

Nul plus que Charles Gounod n'a contribué à ce mouvement. Ses ouvrages ont trouvé en Angleterre, en Allemagne, en Italie, l'accueil chaleureux qu'ils ont eu chez nous. Le Médecin malgré lui, Faust, Roméo et Juliette, ont pris le premier rang dans le répertoire de tous les théâtres. Ils ont conquis la popularité qui était due à cet esprit fin et délicat, à ce génie tout de tendresse et de poésie qui a traduit dans un art chaleureux et émouvant l'âme de Goethe et de Shakespeare dans l'amour de Marguerite et dans la passion de Roméo et de Juliette. L'inspiration du maître s'est emparée du public, mais en dehors même de cette foule qui applaudit à son œuvre, les gens de goût, ce que j'appellerai les lettrés de la musique, font une place exceptionnelle dans l'art à l'auteur de Faust.

Il la mérite par le soin avec lequel est traitée chaque partie de ses ouvrages, par la science qui les dirige, par le travail exquis qui relève et vivifie son orchestre plein de lumière, et animé de délicatesses infinies.

De sa première œuvre à sa dernière, Jeanne d'Arc, le talent de M. Gounod ne s'est pas une fois démenti dans son respect pour l'art et pour lui-même. Le succès n'a pas toujours été égal, mais la réputation du maître n'a jamais été compromise: elle a grandi d'œuvre en œuvre, depuis la Sapho, jouée en 1850, jusqu'à ces chœurs et ces morceaux d'orchestre très-chaleureusement applaudis dans Jeanne d'Arc, en passant par les chœurs d'Ulysse, par la Nonne sanglante, la Reine de. Saba, le Médecin malgré lui, Philémon et Baucis, Faust, Mireille, Roméo et Juliette, la Colombe, Gallia et Jeanne d'Arc.

M. Charles Gounod, membre de l'Institut, est né à Paris, le 17 juin 1818.

M. Savigny.

Le rossignol à deux têtes

Nous donnons dans le présent numéro le portrait de Mlle Millie-Christine, le nouveau phénomène qui fait en ce moment courir tout Paris, D'abord nous avions cru à quelque supercherie, mais, après avoir vu, nous avons été convaincus. Ce phénomène est donc bien réel, et, pour ce qui le concerne, nous renvoyons le lecteur à notre Courrier de Paris.

L'hiver

TABLEAU DE M. TOULMOUCHE.