Les jeunes compagnons, impatients, se demandaient du regard le motif d'une lenteur à laquelle Gaspardo ne les avait pas habitués. Sans doute le soleil était à peine levé, car il ne dépassait pas encore la cime des arbres; mais dans un voyage de la nature de celui qu'ils avaient entrepris, cela ne justifiait pas une perte de temps inutile. Ils avaient bien remarqué pendant leur déjeuner que, tout en sellant les chevaux, les traits de Gaspardo, si ouverts d'ordinaire, avaient une expression inaccoutumée de souci ou de réflexion. Quelque chose le préoccupait, à côté même de la douleur qui leur était commune à tous, et certes ils savaient que le fidèle gaucho l'éprouvait aussi vivement qu'eux-mêmes. Mais qu'était-ce? Il avait à plusieurs reprises quitté le feu et même le déjeuner pour parcourir le terrain découvert qui s'étendait aux environs. Il s'était chaque fois arrêté auprès d'un certain arbre et avait semblé examiner cet arbre avec une attention singulière.

Au dernier moment même, le pied levé pour se mettre en selle, à leur grand étonnement, il s'était rendu une fois encore auprès de ce même arbre et, pendant qu'ils se faisaient part de leurs observations, il était encore occupé à l'examiner. Qu'avait donc cet arbre de si intéressant pour le gaucho?

C'était un arbre de taille médiocre avec de légères feuilles vertes qui le désignaient comme appartenant à l'espèce des mimosas, et aux longues branches duquel pendaient des grappes de belles fleurs jaunes. Le regard du gaucho s'arrêtait sur ces fleurs, et les jeunes gens pouvaient distinguer dans toute sa contenance les signes persistants de l'inquiétude.

CHAPITRE VII

L'ARBRE BAROMÈTRE

«De quoi s'agit-il donc, Gaspardo? demanda enfin Cypriano cédant à son impatience, nous devrions déjà être loin d'ici, nos moments sont précieux.

--Je le sais, patron; mais si cet arbre dit vrai, s'il n'est pas un menteur, nous aurions tort de nous presser. Venez ici! Et regardez ces fleurs.»

Quittant leurs chevaux, les jeunes gens s'approchèrent de l'arbre et examinèrent ses grappes embaumées.

«Qu'ont donc de particulier ces fleurs? reprit Cypriano, je n'y vois rien d'étrange.

--Moi j'y vois quelque chose, dit Ludwig qui avait reçu de son père quelques leçons de botanique. Ces corolles sont à demi fermées et elles ne l'étaient pas il y a une demi-heure. Je les ai remarquées et elles étaient en plein épanouissement.