Le 5 novembre, 16 bonapartistes avaient voté avec la gauche. Le 19, dans le vote sur l'article 1er on n'en compte que 8 qui aient voté contre. Ce sont MM. Abbatucci, Bollinton, Eschassériaux, Galloni-d'Istria, Gavini, Rouher, de Vaton, Vast-Vimeux. MM. André (Charente), Ganivet, Arthur Legrand, Roy de Loulay ont volé pour le gouvernement. Se sont abstenus: MM. Ginoux de Fermon, Haentjens, Levert, comte Murat et Prax-Paris. Tolal, 5. Ajoutons que M. Hervé de Saisy qui, le 5 novembre, avait voté avec la droite, a voté le 19 avec la gauche dans tous les scrutins.
Si on compare maintenant le scrutin sur l'article premier au scrutin sur l'ensemble du projet, qui a été voté par 378 voix contre 310, on trouve qu'un certain nombre de membres du centre gauche et de bonapartistes, qui avaient voté contre l'article premier, se sont abstenus. Ce sont MM. Abbatucci, Amat, Arbel, Bernard (Charles), Boffinton, Cunit, Ducarre, Eschassériaux, Galloni-d'Istria, Gavini, Lecamus, marquis de Malleville, Nétieu, Rouher, Salvy, de Valon, Vast-Vimeux. En revanche, plusieurs membres du centre gauche, qui s'étaient abstenus dans le premier scrutin ont voté contre l'ensemble du projet: ce sont MM. Bérenger, Casimir Périer, général Chareton, Gailly, Michel-Ladichère et Wolowski. Deux députés du même groupe, qui avaient voté avec la droite, pour l'article 1er, ont voté avec la gauche contre l'ensemble du projet, ce sont MM. J. de Lasteyrie et Marchand.
Quelques membres de l'extrême droite se sont séparés de leurs collègues. M. Dahirel a voté contre l'article 1er et contre l'ensemble du projet. MM. de Belcastel, de Cornulier-Lucinière, marquis de Franc-lieu, le général du Temple se sont abstenus dans les deux scrutins.
Un décret convoque, pour le 14 décembre prochain, les électeurs de l'Aude, du Finistère et de Seine-et-Oise.
ÉTATS-UNIS.
Un conflit extrêmement grave et qui va probablement précipiter le dénouement de l'insurrection dont l'île de Cuba est le théâtre depuis près de quatre ans, vient d'éclater entre les États-Unis et l'Espagne. Une dépêche parvenue à New-York, il y a huit jours, annonçait qu'un navire chargé de contrebande de guerre à destination des insurgés de Cuba, le Virginius, avait été capturé par l'escadre espagnole de blocus et conduit à Santiago, où, après un jugement sommaire, la plus grande partie de l'équipage avait été passée par les armes. Or, cet équipage se composait de citoyens américains et anglais, et le Virginius, au moment de la capture, naviguait sous pavillon des États-Unis. De là, grande émotion dans toute l'étendue de la république américaine; on sait quelles convoitises la reine des Antilles a toujours excitées chez les hommes politiques américains; l'acte de barbarie commis à Santiago venait de faire surgir l'occasion de satisfaire enfin ces convoitises; l'insulte faite au pavillon national, l'impuissance du gouvernement espagnol à en réprimer les imprudents auteurs, fournissaient au gouvernement de Washington un prétexte tout trouvé pour se faire justice lui-même par une intervention directe. Aussi l'opinion se prononça-t-elle avec énergie dans ce sens: malgré les protestations d'innocence du cabinet espagnol, le président tirant donnait l'ordre d'armer immédiatement la flotte américaine et les forts de la côte méridionale; en même temps, il déclarait que la question finale était réservée au Congrès, appelé à se réunir dans quelques jours, mais qu'il prenait dores et déjà toutes les mesures nécessaires pour le cas où cette décision aboutirait à la guerre. Telles sont, résumées en quelques mots, les informations acquises jusqu'à présent sur ce grave incident.
Le Congrès doit s'assembler le 1er décembre, et il est possible qu'un arrangement à l'amiable se produise avant cette date, mais on assure que dans le cas contraire la majorité du Congrès se prononcerait résolument pour la guerre, et en attendant le cabinet américain a nettement déclaré qu'il considérerait comme insuffisante, de la part de l'Espagne, toute réparation qui ne serait pas accompagnée de l'arrestation immédiate des auteurs des exécutions.
Nous avons dit plus haut qu'une partie de l'équipage du Virginius se composait de marins anglais. L'Angleterre est donc, elle aussi, intéressée dans la question, mais on paraît apprécier plus froidement les choses de l'autre côté du détroit.
S'il est incontestable que des exécutions sommaires comme celles qui ont eu lieu à Santiago constituent des actes indignes de peuples civilisés, il faut ajouter aussi que les règles du droit des gens applicables au cas particulier du Virginius ne laissent pas que de présenter une certaine obscurité. Des étrangers qui prennent une part active à une guerre civile perdent jusqu'à un certain point le bénéfice de leur nationalité et doivent renoncer, par ce seul fait, à la protection de la mère patrie. Quoi qu'il en suit, l'Angleterre a immédiatement envoyé un navire de guerre dans les eaux de Santiago, mais elle paraît décidée à attendre, avant d'agir, des explications complètes de la part du cabinet de Madrid.