«Oui, nous arrivons au bon moment», ajouta le gaucho en exhalant un soupir de soulagement. «Caramba! entendez-vous? voyez-vous? Regardez dehors!»

Il parlait encore quand un éclat de tonnerre étouffa sa voix. C'était la tempête. C'était la tormenta! dont les grondements répercutés soudain par les échos du ravin, prirent en un instant une effroyable intensité. Des nuages de poussière tourbillonnaient dans la plaine et semblaient vouloir accourir sur eux.

«Dépêchons, descendez de cheval», cria Gaspardo à ses deux compagnons, en leur donnant l'exemple. «Prenons nos ponchos, mes enfants, attachons-les ensemble, et si nous ne voulons pas être étouffés dans cet antre, bouchons-en l'entrée le mieux et le plus vite que nous pourrons.»

Les jeunes gens n'avaient pas besoin d'être mis en demeure de ne pas perdre un instant. Ce n'était pas la première fois qu'ils assistaient à une tormenta; chez eux, à Asuncion, ils en avaient vu plus d'une et en avaient remarqué les terribles effets. Ils avaient entendu les cailloux brisant les fenêtres, faisant trembler les portes sur leurs gonds; ils avaient vu la poussière passer à travers les fentes et les trous des serrures comme l'haleine furieuse de l'ouragan, ils avaient vu les arbres déracinés, brisés comme paille, les bêtes et les gens culbutés, roulés à terre par son irrésistible violence. Aussi, avant que le gaucho eût pu prononcer un autre mot, ils étaient sur pied et l'aidaient à disposer à l'intérieur leurs chevaux pour qu'ils lussent un premier obstacle, et à fermer l'ouverture de la caverne, à l'aide de leurs ponchos solidement liés ensemble et fixés dans les interstices des rochers au moyen de leurs couteaux. Ils furent à moitié aveuglés par la poussière et presque renversés par le vent avant d'avoir pu terminer cette opération.

«Maintenant, dit Gaspardo, dès qu'ils eurent achevé leur besogne, nous pouvons nous regarder comme en sûreté, et je ne vois pas de raison pour ne pas nous installer dans ce trou aussi confortablement que le permettent les circonstances. Nous serons peut-être retenus longtemps ici, trois ou quatre heures, sinon toute la nuit. Quant à moi je suis affamé comme un gallinazo(4). Cette rude course m'a fait oublier mon déjeuner, de sorte que je propose d'achever ce qui nous reste de guariba rôti. La salle à manger est sombre et nous aurons peine à faire bouillir notre théière. Cependant j'espère pouvoir faire assez de lumière pour éclairer notre repas.»

En prononçant ces mots, le gaucho se dirigea vers son cheval, et fouillant un moment sous son recado, il réussit à trouver un briquet.

Mayne Reid.

(La suite prochainement.)

Note 3: Vautour-dindon du l'Amérique Espagnole, nommé Jofilote au Mexique. Dans les autres portions du continent de l'Amérique du Sud, ou l'appelle urubu ou gallinazo. Certains voyageurs ont cru que le turkey buzzard des États-Unis et le Gallinazo Sud-Américain étaient un même oiseau. Ils sont cependant entièrement distincts; ce dernier est beaucoup plus beau que son congénère du Nord. Son plumage est plus brillant, tandis que sa tête chauve, son cou et ses pattes, au lieu d'être d'un blanc grisâtre, sont d'une couleur rouge vif. Il existe au moins quatre espèces distinctes de ces petits vautours noirs sur le continent de l'Amérique.

Note 4: L'arroyo est un ruisseau coulant entre deux berges élevées et à pic.