Louis Clodion.
Les pigeons de la presse de Paris
Si la capitale politique de la France parlementaire était Tours et surtout Bordeaux, jamais la Liberté n'aurait imaginé d'employer des pigeons au service de la dernière heure. Mais Versailles est si rapproché de Paris que l'électricité, à cause des formalités qu'exige son emploi, ne peut lutter contre l'aile du pigeon, qui est, lui, toujours prêt à partir dès qu'on ouvre la porte de son panier.
L'intelligente initiative prise par la Liberté ne pouvait tarder à être imitée. Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis l'ouverture de la session d'hiver qu'une industrie nouvelle était créée.
Un colombophile imaginait de mettre au service des divers journaux politiques de Paris des pigeons parfaitement dressés. Il faisait de son colombier le centre des nouvelles les plus fraîches du maréchal Bazaine et de l'Assemblée nationale. Le Temps, la Presse, l'Opinion, la Patrie, etc., etc., et même l'Agence Havas sont devenus l'un après l'autre tributaires de ce service de dépêches. Le directeur de la poste aérienne loue ses oiseaux à peu près aussi cher que l'on eût fait payer un cheval au temps du grand roi pour revenir de l'Œil de Bœuf à Paris. Il est vrai que les pigeons n'ont pas besoin de postillons qui les ramènent à l'écurie.
Ce commerce va si bien qu'on lâche quelquefois trente ou quarante pigeons dans la même journée, surtout si le temps est clair et si les événements politiques sont assez palpitants.
(Suite plus bas.)
Aveugles à la porte de la cathédrale de Valence.