Comme l'oiseau se guide uniquement par la vue, il faut que le ciel soit assez pur, surtout au déclin du soleil, pour que les pigeons de la Presse de Paris puissent trouver leur chemin. La saison difficile va commencer, car les jours deviennent de plus en plus courts et nos petits courriers politiques ont à percer des brumes qui vont singulièrement en s'épaississant.
Quant aux pigeons de nuit, ils sont encore à inventer. C'est à peine si, par un beau clair de lune, quelques lauréats des grands concours partant à faible distance pourraient regagner leur colombier.
W. de Fonvielle.
L'Espagne
PAR M. LE BARON DAVILLER
Les événements qui se passent en Espagne ont plus que jamais fixé l'attention publique sur ce pays, qui parle déjà tant à l'imagination. Aussi est-ce avec le plus vif intérêt que l'on arrête ses regards sur tout ce qui sert à faire connaître les mœurs de ce peuple curieux, rude et poli, passionné, superstitieux, brutal, avide de distinction, très-chatouilleux sur le point d'honneur, et avec cela aussi généreux que digne. A ce titre, les dessins que nous donnons ci-contre ne peuvent donc manquer de plaire à nos lecteurs.
Un d'eux représente un cimetière à Barcelone. C'est une série de longues allées que bordent de hautes murailles percées d'une multitude de casiers. Chaque casier doit loger un cercueil, après quoi il est muré. Une dalle en pierre ou en marbre, plus ou moins richement ornée, suivant la fortune du défunt, et portant son nom, ferme l'ouverture du casier. Rien de triste comme une promenade à travers les rues mornes de cette ville des trépassés.
Passons dans la province voisine, celle de Valence, qui entre toutes, a conservé un caractère moresque nettement tranché. Le costume des habitants a à peine varié depuis plusieurs siècles, celui des paysans surtout. Coiffés d'un mouchoir aux couleurs éclatantes, roulé autour de la tête et s'élevant en pointe, réminiscence du turban, qu'ils recouvrent parfois d'un sombrero à larges bords, ils portent une chemise attachée au cou par un bouton double, un très-large caleçon de toile blanche, retenu par une ceinture, des bas sans pied quand ils en portent, et des alpargatas ou espardines. Ajoutons la mante, qui ne les quitte jamais, et voilà au complet le costume d'un Valençais du peuple, d'un labradore ou laboureur, qui ne se fait beau et n'endosse le gilet de velours aux boutons d'argent que les jours de fête. La fertilité des environs de Valence est proverbiale, ce qui n'implique pas qu'il n'y ait point de pauvres. Comme chez nous, les pinceurs de guitare ne manquent pas, mais c'est dans la capitale de la province qu'on les trouve. Les infirmes hantent les portes des églises. Un de nos dessins représente deux aveugles chantant des litanies à la porte de la cathédrale.
Comme toutes les grandes villes de la péninsule, Valence a sa plaza de toros, où ont lieu les combats cruels si chers aux Espagnols. Ces combats se terminent toujours par la mort d'un certain nombre de taureaux et de chevaux. Le sang humain y coule souvent aussi, mêlé à celui des animaux. Nous ne décrirons pas par le menu ce dramatique sport où torreros, picadores, banderilleros ont leur place marquée et jouent à l'envi le jeu le plus périlleux. Quelques mots cependant sont nécessaires pour expliquer un de nos dessins: Pose de banderillas. Ces banderillas sont des sortes de flèches dont le bois est entouré de papier de différentes couleurs, frisé et découpé. A l'une de ses extrémités est un hameçon. Les banderilleros ont pour mission de piquer dans les épaules du taureau ces engins qui ne peuvent plus s'en détacher, et ont pour effet d'augmenter la fureur de l'animal C'est à Madrid que ces spectacles se donnent avec le plus d'apparat et de somptuosité. Si l'on n'y déploie pas à Valence un pareil luxe, en revanche on s'y porte avec un empressement à nul autre pareil. Le Valençais est passionné pour ce divertissement. Cela tient sans doute à sa nature. S'il est gai, il est cruel. La colère le transporte facilement. C'est alors qu'il joue du couteau, de cette terrible navaja, qui se fabrique à Albacète, et dont la lame, très-allongée et pointue, porte toujours quelque inscription, qui indique à quel usage elle n'est que trop souvent employée, «Si cette vipère te pique, il n'y a pas de remède à la pharmacie.»
Si esta vivora te pica