Mayne Reid.
(La suite prochainement.)
LA BATAILLE DE SAINT-PRIVAT
LIVRÉE LE 18 AOUT 1870
Le panorama du terrain sur lequel a été livrée la bataille, dite de Saint-Privat-la-Montagne par les Français et de Gravelotte par les Allemands, se trouve compris dans le dessin de M. Deroy, qui a paru dans le numéro du 22 octobre. Cependant, pour plus de clarté, nous avons joint à ce récit un croquis indiquant très-exactement les positions occupées par l'armée du Rhin, ainsi que les lignes de marche suivies par les corps de l'armée allemande qui ont pris part à cette bataille.
M. de Moltke ayant rapidement donné l'ordre aux troupes les plus rapprochées de marcher dans la direction de Rezonville, avait mis en ligne huit corps d'armée, les 2e, 3e, 7e, 8e, 9e, 10e, 12e et la garde royale, sans compter trois divisions de cavalerie, soit près de 250,000 hommes. Son adversaire, Bazaine, avait sous la main tout ce qui restait de l'armée du Rhin, peut-être 120,000 hommes, non-valeurs déduites.
On sait comment le commandant en chef français replia son armée le 17 août, au point du jour, quand toute son armée s'attendait à poursuivre le succès de la veille.
Le roi de Prusse, informé à son quartier général de Pont-à-Mousson de la sanglante lutte de Rezonville et de ses résultats fâcheux pour une fraction de son armée, était parti le 17 avant le jour pour juger la situation. A son grand étonnement, il trouva les Français en retraite sur Metz et résolut aussitôt de les attaquer et de les refouler, s'il était possible, dans le camp retranché. Il réunit en conférence MM. de Moltke, le prince Frédéric-Charles, son chef d'état-major le général de Sthiele, et tout fut réglé pour l'attaque du lendemain.
Dans la nuit du 16 au 17 août, vers une heure du matin, le maréchal Bazaine avait adressé aux commandants de corps d'armée l'ordre d'occuper les positions suivantes: le 2e corps, Frossard, entre Rozérieulles et le Point-du-Jour; le 3e, Lebœuf, à sa droite, se prolongeant vers la ferme de la Folie; le 4e, Ladmirault, vers Montigny-la-Grange et la levée du chemin de fer de Verdun, alors en voie de construction; enfin le 6e corps, Canrobert, formait l'extrême droite, du chemin de fer vers Saint-Privat et Roncourt.
Cette ligne de bataille était naturellement très-forte. En outre, les commandants de corps avaient reçu l'ordre de fortifier leur front par des tranchées-abris et des épaulements de batterie. Mais Bazaine commit la faute de ne pas prescrire à la réserve générale du génie d'expédier des outils au maréchal Canrobert, dont les parcs et les réserves du génie et de l'artillerie avaient été coupés de Metz. Cette négligence était d'autant plus regrettable que, ainsi qu'on le verra plus loin, Canrobert occupait la partie la plus faible de la ligne de bataille.
Nous n'aurons plus à nous occuper des mouvements de l'armée française, qui a reçu passivement le choc de l'ennemi, et dont les réserves formées par la garde et la réserve générale de l'artillerie n'ont même pas été engagées. Mais il nous faut suivre avec soin les différents corps de l'armée allemande, qui ont cherché d'abord, puis attaqué leur adversaire avec une audace téméraire qui aurait pu leur coûter cher si le maréchal Bazaine avait été à la hauteur de son commandement.