Gravures: Les nouveaux ministres.--Procès du maréchal Bazaine: les témoins (9 gravures);--Le maréchal se rendant à l'audience.--Plan de la bataille de Saint-Privat.--Théâtre de la Porte-Saint-Martin: Libres! drame à grand spectacle de M. E. Goudinet.--Le paquebot transatlantique, Ville-du-Havre, coulé en pleine mer le 22 novembre. --La Terre de désolation, par le docteur J. J. Hayes (2 gravures).--La Sœur perdue, par Mayne Reid (4 gravures).--Comment j'ai retrouvé Livingstone. (4 gravures).--Monument élevé à la mémoire des mobiles de l'Ardèche, morts pendant la guerre à Vernon.--Rébus.
HISTOIRE DE LA SEMAINE
FRANCE
La nouvelle combinaison ministérielle que nous avons enregistrée dans notre précédent bulletin a provoqué un vif mécontentement dans les rangs de la droite légitimiste et aura probablement pour résultat de détacher de la majorité gouvernementale une partie de ce groupe parlementaire; le gouvernement trouvera, il est vrai, d'un autre côté, d'amples compensations, mais ce revirement n'en est pas moins le point de départ d'une situation nouvelle et dont il est difficile de prévoir l'issue.
Le caractère du changement introduit dans notre système politique par la prorogation septennale des pouvoirs du maréchal-président était loin, en effet, d'être interprété de la même manière par tous ceux qui avaient appuyé cette prorogation de leur vote; selon les uns, on avait surtout eu pour objet de créer un pouvoir anonyme, à l'abri duquel il serait toujours loisible de travailler à une restauration monarchique; selon les autres, le vote du 19 novembre avait créé un gouvernement réel, dont l'existence ne saurait plus être mise en péril par les attaques et les compétitions des partis et que personne n'aurait plus le droit de chercher à détruire. Or, c'est précisément dans ce dernier sens que s'est modifié le cabinet du 24 mai en se séparant de MM. Ernoul et de la Bouillerie, et en faisant appel au concours de MM. Depeyre et de Larcy. Bien qu'appartenant, comme leurs prédécesseurs, à la droite, MM. Depeyre et de Larcy étaient placés, comme on l'a dit, à la gauche de ce groupe; leur situation parlementaire leur permettait de se rallier à un programme inacceptable pour MM. Ernoul et de la Bouillerie, qui avaient notoirement joué un rôle actif dans la campagne monarchique; d'ailleurs, MM. Depeyre et de Larcy n'avaient pas accepté sans difficultés les portefeuilles qui leur étaient offerts, et il n'aurait pas fallu moins, assure-t-on, pour les y décider, une l'intervention personnelle du maréchal-président. On conçoit qu'en présence de complications aussi épineuses, l'enfantement du nouveau ministère ait été des plus laborieux; il ne faut donc plus s'étonner des lenteurs qui ont présidé à sa formation.
Les effets de la scission que nous signalions en commençant n'ont pas tardé à se manifester; le spectacle que nous donne l'Assemblée depuis huit jours montre clairement que l'ancienne majorité du 24 mai est en pleine dissolution. La loi de prorogation portait, on s'en souvient, que, dans les trois jours de sa promulgation, aurait lieu la nomination de la commission chargée de l'examen des lois constitutionnelles; or, le scrutin ayant pour objet la nomination de cette commission a commencé le 20 novembre, et au moment où nous écrivons il n'est pas encore terminé; depuis huit jours, les urnes circulent dans l'Assemblée à chaque séance sans qu'il en ait encore pu sortir trente noms réunissant la majorité nécessaire; et cependant, le chiffre de cette majorité nécessaire diminue chaque jour en raison du nombre toujours croissant des abstentions; sur les vingt-huit commissaires nommés jusqu'à présent, deux seulement l'ont été à une majorité dépassant quatre cents voix, et cette majorité ne s'élevait plus qu'à trois cents voix pour les deux derniers.
Dans la séance de l'Assemblée nationale du 28 novembre, M. le vice-président du conseil a donné lecture du projet de loi sur les maires et les attributions de la police municipale. Ce projet se compose de quatre articles. Le premier attribue au président de la République la nomination des maires et des adjoints dans les chefs-lieux de département, d'arrondissement et de canton; aux préfets, dans les autres communes; et, en vertu de l'article 2, ces nominations doivent avoir lieu dès la promulgation de la loi. L'article 3 accorde aux préfets et aux sous-préfets les attributions du préfet de police, et l'article 4 rend les dépenses de police obligatoires pour les communes. Ce projet de loi, qui va enlever aux radicaux le dernier élément de force qu'ils possédaient dans le pays, a naturellement excité toutes les colères de l'opposition, qui a fait ressortir sur tous les tons et dans tous les journaux dont elle dispose le démenti que se donnera en le votant la majorité naguère si résolument décentralisatrice. Mais si l'opposition a ses raisons pour crier, la majorité a les siennes aussi sans doute pour agir comme elle le fait. Ajoutons que le projet de loi sur les maires n'est qu'une garantie provisoire que se donne le gouvernement, en attendant le vote dés lois organiques municipales.
ESPAGNE.
Les dépêches d'Espagne persistent à assurer que l'affaire du Virginius est arrangée, et l'une d'elles annonçait dernièrement que M. Castelar avait reçu la ratification des bases sur lesquelles l'arrangement avait été conclu. Mais cet accord entre les deux gouvernements ne donne pas une solution définitive. Il ne suffit pas que la convention existe, il faut encore qu'elle s'exécute et que les réparations promises soient effectuées. C'est ici que commence vraiment la difficulté. Du moment que les circonstances dans lesquelles s'est opérée la capture du bâtiment ont été clairement connues et qu'on a pu être édifié sur l'illégalité de cet acte, ainsi que de tous ceux qui l'ont suivi, le doute n'était pas possible. Le cabinet de Madrid n'avait qu'à se soumettre aux obligations que lui imposait le droit des gens. Il a franchement, loyalement accompli son devoir, mais il reste à donner une sanction à l'arrangement convenu. M. Castelar pourra-t-il se faire obéir des autorités cubaines, qui jusqu'à présent ne se sont pas signalées par une déférence exemplaire pour les instructions qu'on leur envoie de Madrid? Les planteurs de Cuba sont toujours d'accord avec la métropole tant qu'il ne s'agit que de recevoir d'elle des renforts, des munitions et des navires cuirassés; mais quand il est question de recevoir des ordres, ils n'en prennent qu'à leur guise. Croit-on que les volontaires de Santiago consentiront à livrer aux autorités américaines les auteurs et les instigateurs des meurtres juridiques dont a été victime l'équipage du Virginius? Sans doute le gouvernement espagnol payera les indemnités stipulées; mais aura-t-il la force et les moyens de contraindre les détenteurs actuels du bâtiment illégalement saisi à en faire la restitution? Il est vrai que M. Soler, ministre des colonies, se trouve actuellement à la Havane et qu'il doit y être venu avec de pleins pouvoirs de la part de ses collègues. Toutefois, on peut craindre une vive résistance. Ainsi, d'après un télégramme de New-York, les autorités cubaines auraient demandé au gouvernement de ne rien conclure avant le protocole qui démontre la légalité de la capture. Les nouvelles venues de Madrid font croire que cette prétention a été écartée, puisque l'arrangement a été ratifié. Il n'en reste pas moins avéré que la population et la presse de la Havane s'opposent énergiquement à la remise du navire, et que les préparatifs de défense sont poussés avec la plus grande activité, en vue d'une intervention des États-Unis. La question, comme on le voit, n'est donc tranchée que diplomatiquement. Elle va entrer dans une phase nouvelle plus périlleuse, celle de l'exécution. Si le gouvernement espagnol n'est pas capable de forcer la main à ses agents, il est à craindre que les États-Unis ne se chargent de la besogne, et le sort de Cuba pourrait bien être profondément changé.