Il n'y aura jamais eu de succès plus complet que celui de la nouvelle œuvre d'Alexandre Dumas fils; Monsieur Alphonse sera, à bon droit, la coqueluche de cet hiver. Dans un autre compartiment de l'Illustration, un de nos collaborateurs vous dira en quoi consiste le mérite de ce drame si rapide, si touchant et si moral. Pour nous, nous n'avons qu'à noter quelques-uns des faits épisodiques qui se sont produits autour de ce remarquable ouvrage. L'auteur a, dit-on, mis six mois à concevoir et à écrire cette pièce, qui est, comme facture, absolument l'opposé de la Femme de Claude, sa dernière étude. S'il vous en souvient, à propos de cette œuvre dramatique, la critique tournant à l'aigre, disait que le fécond artisan était décidément en baisse. Ç'a été comme un coup d'éperon. Alexandre Dumas fils a voulu voir le feuilleton avouer au grand jour combien il s'était trompé, et il y a pleinement réussi. En effet, sur toute la ligne, les critiques ont dit cette invariable formule:

--C'est la jeunesse de la Dame aux camélias;--c'est la touche nette et vigoureuse du Demi-monde.

Dans la nuit qui a suivi la première représentation, M. Alexandre Dumas était à peine rentré chez lui qu'on lui apportait un petit papier plié en losange.

Voici ce que contenait ce message:

«Très-vrai;--très-beau.

Emile de Girardin.»

Autre missive, celle-là venant, paraît-il, d'un spéculateur:

«Monsieur.

«Voulez-vous cent mille francs en échange de votre succès d'hier?»

L'auteur a répondu en jetant le billet au feu.