C'est sur ce plateau, au bord de la route de Paris, que s'élève le monument inauguré le 2 de ce mois. M. Vaudremer, architecte de la ville de Paris, en est l'auteur. C'est une pyramide en pierre grise, assise sur un soubassement et portant sur l'un des côtés un bouclier où l'on voit un guerrier blessé s'appuyant sur l'autel de la patrie. Au-dessus, on lit ces mots: Défense de Paris; au-dessous: Bataille de Champigny, 30 novembre, 2 décembre 1870. De l'autre côté de la pyramide est la devise de la ville de Paris: Fluctuat nec mergitur.
ÉVÉNEMENTS DE CUBA.-Capture du Virginius par le
Tornado dans les eaux de la Jamaïque.
LE MONUMENT COMMÉMORATIF DE LA BATAILLE DE CHAMPIGNY,
INAUGURÉ LE 2 DÉCEMBRE 1873.
Le naufrage de la "Ville-du-Havre".
Nous n'avons pu qu'annoncer dans notre dernier numéro l'épouvantable catastrophe de la Ville-du-Havre, réputée le plus vaste des paquebots après le Great-Eastern. Les relations qui nous sont parvenues nous permettent de donner à nos lecteurs un récit du désastre.
Le 15 novembre, à trois heures de l'après-midi, la Ville-du-Havre quittait son warf de New-York emmenant 135 passagers, 172 hommes d'équipage et de service et transportant une cargaison de blé, coton, cuir et graisses. Pendant les premiers jours, la traversée fut contrariée par le mauvais temps; puis, quand on fut sur le banc de Terre-Neuve, par un brouillard intense, commun du reste dans ces parages, dans la crainte d'aborder ou d'être abordé, le capitaine Surmont dut faire vibrer le sifflet d'alarme de minute en minute, et, tout le temps qu'il y eut danger, il ne voulut laisser à aucun de ses officiers la responsabilité des manœuvres. La journée du 20 fut assez belle, ce qui permit aux passagers de jouir de la promenade sur la vaste dunette d'arrière, aux enfants de se livrer à leurs jeux, et, le soir, quelques amateurs purent s'offrir dans le salon, un concert improvisé, dont la Dernière pensée de Weber fut le morceau final. La nuit étant claire, rien ne paraissant à craindre, le capitaine se décida à descendre dans sa cabine pour y prendre quelques heures de repos, mais après avoir donné l'ordre formel de le prévenir du moindre incident.
C'est à partir de ce moment que l'on ne sait plus d'une manière certaine ce qui s'est passé, ni même l'heure précise de la catastrophe. Toujours est-il qu'entre une heure et deux heures du matin, des ordres de manœuvre étaient donnés, exécutés précipitamment, mais trop tard... la Ville-du-Havre éprouvait une commotion violente, suivie d'une série de craquements formidables, se renversait à demi; passagers, officiers et matelots, réveillés en sursaut, et accourus sur le pont, apercevaient la masse d'un grand voilier qui, ayant enfoncé les bordages du paquebot, laissait les débris de son étrave au milieu de celui-ci. Le navire abordant était le voilier en fer, le Loch-Earn (Lac ardent), capitaine Robertson.
Le capitaine Surmont s'était élancé sur la passerelle de commandement. D'un coup d'œil il comprit que tout était perdu. La Ville-du-Havre portait au flanc de la chambre des machines une trouée large de cinq à six mètres, profonde de quatre, par laquelle l'eau s'engouffrait en cataractes bruyantes pour se répandre dans les profondeurs du bâtiment avec des grondements et des clapotements sinistres. On n'avait pas eu le temps de fermer les cloisons étanches, de telle sorte que les foyers ayant été éteints, chaudières et machines furent immédiatement paralysées.