FRANCE

La semaine parlementaire a été relativement calme; l'Assemblée est enfin parvenue, dans la huitième séance consacrée au même scrutin, à compléter la commission des Trente chargée de l'élaboration des lois constitutionnelles par l'élection de deux membres du centre gauche. La commission est entrée en fonctions dès le lendemain; elle a choisi pour président M. Batbie, et a rempli sa première séance par une discussion préliminaire relative à la publicité de ses travaux; il a été décidé que la presse ne recevrait pas de comptes rendus officiels des séances, mais que chacun des membres de la commission serait libre de faire aux journaux, sous sa propre responsabilité, les communications qui lui paraîtraient convenables.

L'Assemblée a ensuite jugé que le moment était enfin venu de s'occuper de questions d'affaires; elle a successivement voté, en troisième lecture, un projet de loi tendant à réunir, dans les bureaux secondaires, le service des postes à celui des télégraphes; cette mesure n'est qu'un acheminement vers la fusion complète des deux administrations, fusion existant depuis quelque temps en Angleterre et qui ne tardera pas, il faut l'espérer, à s'opérer définitivement dans notre pays, car elle présente des avantages de toutes sortes. Puis, après une délibération en deuxième lecture sur une proposition de M. de Corcelles, relative à la composition des conseils académiques, l'Assemblée a abordé la discussion du budget. Ce n'est pas la première fois que nous ayons à constater le peu de goût de la Chambre pour les discussions d'affaires en général, et en particulier pour cette loi de finances dont le vote annuel constitue cependant la plus importante des prérogatives parlementaires.

Tandis que le plus mince incident politique est souvent le point de départ des séances les plus orageuses, nous voyons une indifférence vraiment regrettable accueillir l'exposé des besoins financiers de l'État et des moyens proposés pour y subvenir. Des chapitres entiers, comprenant des centaines de millions, sont volés au milieu de l'inattention et de la lassitude générales, et si parfois une observation se produit, c'est bien rarement une préoccupation d'ordre économique qui l'a dictée. Mentionnons, à ce propos, la question adressée par MM. Pelletan et Gambetta à l'occasion du budget des affaires étrangères, et qui a failli prendre les proportions d'un gros incident. Les deux membres de la gauche réclamaient la publication du Livre jaune, interrompue, pour des motifs faciles à comprendre, pendant le cours de l'occupation étrangère, mais redevenue possible maintenant que la publicité des archives diplomatiques n'offre plus les mêmes inconvénients. M. le duc Decazes avait, paraît-il, mal compris l'observation, et peu s'en est fallu qu'il ne posât la question de cabinet; mais le malentendu n'a pas tardé à se dissiper et l'incident s'est terminé par la promesse de publication du Livre jaune dans un délai de quinze jours.

ALLEMAGNE.

La campagne entreprise par le gouvernement allemand contre le clergé catholique devient chaque jour plus difficile; l'opiniâtreté du cabinet prussien n'a d'égale que la résistance énergique des catholiques.

D'après la Preussische, Volksblatt, organe officieux de l'administration l'agitation religieuse a tellement gagné les populations des petites villes et de la campagne, que l'on commence à avoir des appréhensions sérieuses. On s'efforce, dit ce journal, de réveiller les souvenirs des anciennes guerres religieuses. Des agents secrets parcourent le pays sous mille déguisements pour enflammer le fanatisme catholique; l'exaltation des femmes, principalement, est arrivée à son paroxysme. Le gouvernement use vainement de tous les moyens de rigueur que les lois récemment votées, en mai 1873, ont mis à sa disposition; mais il se heurte contre d'inflexibles résistances. Il a interdit la publication de la dernière encyclique du Pape en date du 21 novembre, dont nous avons donné l'analyse et saisi le Cœlnische Zeitung au moment où elle livrait ce document à l'impression, mesure contre laquelle M. Virchow a protesté dans le Landtag. Les journaux ultramontains se sont vengés en imprimant une bulle du mois d'avril dernier, qui frappe d'interdit toutes les églises où se célébrerait le service du vieux-catholicisme. A Schœnberg, en Silésie, l'autorité prussienne, qui avait interdit le curé, voulut faire fermer l'église. Mais, selon le Vaterland, de Munich, la population a trouvé un moyen ingénieux de contrecarrer les intentions de la police: elle a enlevé la porte et arraché les gonds, de sorte que, quand les agents sont arrivés, il leur a été impossible d'apposer les scellés. On voit à quels incidents de tout ordre ce conflit donne lieu. Le Parlement lui-même en ressent le contre-coup. Ainsi le Landtag vient d'adopter, par 351 voix contre 6, une proposition des ultramontains portant suppression du timbre sur journaux et almanachs. Le ministère la combattait en objectant que l'on doit présenter au prochain Reichstag la loi sur la presse dont il a été question l'année dernière, et dont les dispositions ont soulevé les plus vives réclamations. Encouragés par ce succès, les ultramontains ont déposé une motion plus hardie, tendante à l'abrogation des lois ecclésiastiques votées au mois de mai dernier; ils comptent sur une grande majorité au prochain Reichstag qui doit être élu le 10 janvier 1874, et où l'Alsace-Lorraine sera représentée pour la première fois. II se pourrait que Mgr Ledochowski, archevêque de Posen, fût l'un des candidats élus. Cet énergique prélat a refusé de donner sa démission. Pour se débarrasser de lui, on songerait, dit-on, à compléter les lois susdites en autorisant le gouvernement à expulser les prêtres suspendus de leurs fonctions par la cour civile ecclésiastique. Mais, pour couvrir Mgr Ledochowski de l'immunité parlementaire, ses fidèles partisans se proposent de le faire élire, à Schrimm, comme député au Reichstag. La lutte, on le voit, ne saurait être plus sérieusement engagée, et des deux côtés elle est poussée avec un égal acharnement.

ÉTATS-UNIS.

Le Message présidentiel a été lu le 2 décembre au Congrès. Il constate que la réduction de la dette accomplie durant l'année, au moyen de l'excédant des recettes, s'est élevée à 43 millions de dollars, ce qui porte l'amortissement total de la dette à 300 millions de dollars.

Le Message recommande de restreindre les privilèges des banques relatifs aux avances sur dépôts. Il déclare que, tant que les payements en espèces ne seront pas repris, le marché aura des moments difficiles. Il demande instamment au Congrès d'étudier la question de la circulation en vue de la reprise des payements en espèces, lesquels permettraient aux banques d'user de leurs réserves pour régler le taux des intérêts et augmenter la circulation dans les moments critiques.