Abélard. permettait d'en escalader les marches, il trouva tout naturellement que «Paris valait bien une messe». Un de nos dessins se rapporte à cette seconde abjuration du roi Henri, qui eut lieu le dimanche 25 juillet 1593. Le roi est représenté se rendant en grande pompe à l'église Saint-Denis. Arrivé avec toute sa suite devant le grand portail, il y fut reçu par l'archevêque de Bourges, Regnault de Beaune, et tous les religieux de l'abbaye.--Qui êtes-vous? lui demanda l'archevêque, qui officiait.--Je suis le roi.--Que demandez-vous?--Je demande à être reçu dans le giron de l'église catholique, apostolique et romaine.--Le désirez-vous?--Oui, je le veux et le désire. A cette parole, le roi se mit à genoux et fit la profession de foi convenue. Tout était fini et Henri IV, suivant son expression, «avait fait le saut périlleux». Par cet acte et la trahison de Brissac, le nouveau roi, mis en possession du trône, eut vite réduit sous son obéissance la Bourgogne, la Picardie et la Bretagne, qui seules refusaient de se soumettre. Libre désormais de soucis de ce côté, il travailla alors énergiquement à la restauration de l'autorité royale, et par diverses mesures: la destruction des franchises municipales, les rigueurs de la censure royale, l'asservissement du parlement

Charles IX et Catherine de Médicis. et la réforme universitaire, il prépara et rendit possible la monarchie despotique de Richelieu et de Louis XIV. Seize ans plus tard, passant dans la rue de la Ferronnerie en son carrosse où il se trouvait avec MM. de Montbazon et d'Epernon, il tombait frappé de deux coups de couteau par Ravaillac. Malherbe, alors attaché au service d'Henri IV, a raconté dans une lettre cet abominable assassinat. «Tout aussitôt, écrit-il, le carrosse tourna vers le Louvre. Le roi fut porté en haut par M. de Montbazon, le comte de Curzon en Quercy et mis sur le lit de son cabinet, et sur les deux heures porté sur le lit de sa chambre, où il fut tout le lendemain et le dimanche. Un chacun allait lui donner de l'eau bénite. Je ne vous dis rien des pleurs de la reine; cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, je crois qu'il ne pleura jamais tant qu'à cette occasion.» Tels sont les événements retracés dans le troisième volume de l'Histoire de France de M. Guizot. Nous avons dit combien attachante en est la lecture; nous n'y reviendrons pas. Ajoutons que ce volume qui, on le sait, sort de la librairie Hachette, est magnifiquement illustré de soixante-quatorze gravures dessinées sur bois par M. de Neuville.

Gravures extraites de l'Histoire de France racontée à mes petits-enfants, par M. Guizot. (Hachette et Cie, éditeurs.)

UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L INSURRECTION CARLISTE

VI

Nomination des quatre généraux pour commander l'armée carliste: Ellio, Dorregaray, Lissarraga et de Valdespina.--Entrée de don Carlos en Espagne.--Appel aux armes.--Le château de la duchesse de M***.--Le journalisme espagnol.--Succès remportés par les carlistes.--Situation actuelle.--Comment pourra se terminer ta guerre civile; solution probable.

C'est vers le courant du mois de juin, alors que les bandes nombreuses disséminées en Biscaye, dans le Guipuzcoa et la Navarre, avaient étendu partout leurs opérations, que la junte de guerre, qui venait de réaliser un nouvel emprunt en Angleterre, jugea à propos de les former en trois corps d'armée placés sous les commandements de Dorregaray, Lissarraga et de Valdespina. Je dois constater que ce fut la première organisation sérieuse qui ait été faite de l'insurrection carliste. Le général Ellio fut placé, en qualité de major-général, à la tête de ces trois corps d'armée.

Un mot sur ces quatre chefs.

Ellio est un vieux général bien connu, qui a fait ses preuves pendant la guerre de Sept ans. Ami et compagnon de Cabrera et de Zumalacarregui, il a été un des plus braves adversaires du général Espartero, commandant en chef des troupes de la reine Christine, et l'a battu dans plusieurs rencontres, notamment à la bataille livrée aux environs de Vitoria. Pendant sept ans, à la tête des bandes navarraises, il a parcouru toutes les provinces du Nord, franchi l'Ebre et fait trembler la régente jusque sur son trône. Il connaît donc tout le pays envahi encore aujourd'hui par les carlistes, et nul ne peut mieux que lui savoir tirer un bon parti de sa topographie. Aussi, les mouvements stratégiques que les troupes carlistes effectuent en ce moment s'exécutent-ils d'après le plan qu'il a tracé lui-même. Ellio est donc, à l'heure qu'il est, l'âme et l'inspirateur de l'insurrection carliste.