«Sur le vu de la présente, scellée de mon sceau royal, tout Basque âgé de vingt à quarante ans s'enrôlera sous ma noble bannière. Il obéira aux ordres des braves et vaillants cabecillos que j'ai investis de mon autorité. Des armes et des munitions seront fournies à tous. Avec l'aide de Dieu et le secours de mon épée, nous triompherons des usurpateurs et nous rétablirons le trône de mon auguste aïeul Philippe V. Que mes fidèles sujets des quatre provinces restées attachées à ma cause se le tiennent pour dit!--MOI, le roi Carlos settimo.»
Un exemplaire de cette ordonnance me fut donné, le lendemain même de sa publication, dans un des principaux cercles de Pampelune, où elle circulait de main en main. On se la communiquait sur la place de la Constitution, dans les promenades, et jusque sur les marchés publics, comme s'il se fût agi d'un acte officiel du gouvernement établi; avec plus d'empressement encore, car les actes officiels de ce dernier étaient loin de recevoir de la part des Pampelunais un accueil aussi empressé.
J'avais fait connaissance, pendant le peu de temps que je séjournai dans la capitale de la Navarre, de deux jeunes gens fort distingués qui avaient fait leurs études à Paris, fils d'un magistrat du tribunal supérieur de la ville. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque, le lendemain de la publication de la susdite ordonnance, les deux frères vinrent me trouver à l'hôtel pour me faire leurs adieux.
--Où allez-vous donc? leur dis-je, étonné de leur départ précipité, dont ils ne m'avaient rien dit la veille.
--Nous allons rejoindre l'armée du roi, me dit l'aîné, à peine âgé de vingt et un ans; voyez l'ordre qui nous enjoint de partir, ajouta-t-il en me montrant la fameuse ordonnance dont j'avais un exemplaire entre les mains.
--Comment, lui dis-je, vous allez quitter votre famille, vous séparer de votre digne père qui vous adore, pour aller affronter à travers les montagnes les hasards de la guerre de partisans? Ce n'est pas possible. Le premier de vos devoirs, ce me semble, est de rester auprès de vos parents; c'est, au surplus, le conseil que je vous donne en véritable ami.
--Le roi a parlé, me répondit-il gravement, nous n'avons plus à hésiter. Notre valise est prête, et dans une heure nous serons sur la route qui conduit au quartier général de Sa Majesté, Adieu et au revoir!
Et les deux frères me quittèrent pleins de cette foi ou de ce fanatisme politiques qui animaient les peuples du temps des croisades, et dont les Basques et les Navarrais semblent avoir conservé, seuls, la tradition. Quinze jours après leur départ, le plus jeune tomba mortellement blessé à l'attaque de Tolosa, et l'aîné a été tué, il y a quelques jours, au siège d'Estella, soutenu contre les troupes de Moriones, qui furent forcées d'abandonner leurs positions.
H. Castillon (d'Aspet).
(La suite prochainement.)