Vous connaissez l'histoire du pêcheur qui ramasse sous les fenêtres de Matthioli une assiette d'argent sur laquelle se trouvaient inscrits quelques caractères;--le brave homme rapporte sa trouvaille au gouverneur, qui lui demande s'il a lu les mots écrits sur ce plat: «Je ne sais pas lire!» répond naïvement le pécheur, et Saint-Mars lui dit: «Allez! Remerciez le ciel de votre ignorance!»
Un ingénieux historien, à la vue très-bonne, affirme qu'il y avait sur ce plat désormais historique, ces mots: «Louis de Bourbon, comte de Vermandois, frère de Louis XIV, etc.»
Si Bazaine jette jamais ses assiettes par les fenêtres, les pêcheurs d'aujourd'hui les conserveront peut-être sans scrupule.
Richard Cortambert.
Variétés: "les Merveilleuses", comédie en cinq actes de M. Victorien Sardou.
Cette fois c'est mon collaborateur M. Morin qui se charge de rendre compte des Merveilleuses, de M. Sardou. Son dessin animé, spirituel et d'une parfaite exactitude, tient lieu de l'article de théâtre. Aussi bien notre critique à nous serait-elle inutile puisque M. Sardou n'a pas jugé nécessaire d'introduire une action dans sa comédie, qui relève presque tout entière du décorateur et du costumier. Quoi? pas le moindre petit bout d'intrigue? Si vraiment, mais si peu que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Dorlis, que la guerre d'Italie a enlevé aux premières joies de la lune de miel à sa femme Illyrine, retrouve au retour de Rivoli et d'Arcole, son épouse convolant en secondes noces avec le citoyen Saint-Amour, chef du cabinet de Barras. Il était temps, deux heures plus tard, protégée par la loi du divorce, elle devenait madame Saint-Amour. C'est tout, et cette petite comédie entamée à la fin du quatrième acte se dénoue au cinquième. Il semble que M. Sardou, occupé à faire revivre dans une série de tableaux vivants les hommes et les choses du Directoire, et attardé longtemps dans les curiosités et les bibelots du temps, se soit dit: «Maintenant que j'ai reconstitué ce peuple bigarré dans les rues, agité dans les salons cet essaim de merveilleuses et ce groupe de muscadins, que j'ai placé sur leurs étagères ce musée archéologique des dernières années du siècle, songeons un peu à mettre une action dans la pièce; si mince qu'elle soit, cela est toujours assez bon; l'intérêt n'est pas là, il est dans cette série de tableaux, dans ce panorama des plus mobiles et des plus amusants, avec ce décor du premier acte, ce jardin du Palais-Égalité où s'asseyent les incroyables, le menton caché dans la cravate écronitique, avec les oreilles de chien, le chapeau gigantesque en demi-lune, le bas en tire-bouchon et le bâton de houx à la main. Là circulent les carmagnoles, les bouquetières, là se réfugient contre les huées des sans-culottes, les daines sans-chemises que la brutalité de la foule menace de jeter à l'eau.
Au second tableau, nous sommes sur le perron de la rue Vivienne, où s'agitent les agioteurs, devant cette boutique de boulanger qui indique le prix montant et descendant du louis, étiage de la fortune publique. Au premier étage d'une maison, des joueurs jettent leur or au râteau des croupiers; à l'entresol, des marchandes de frivolités prélèvent des intérêts sur la bonne fortune tentée au premier étage. C'est le bruit, c'est la rue. L'acte suivant nous transporte dans l'hôtel du financier Ragot; un bijou, que ce décor, une merveille de goût et d'exactitude, avec ses pendules, ses candélabres du temps, avec ses sièges en forme d'X, avec ses tasses à thé à fond jaune tacheté de petites fleurs noires. Là règnent les Merveilleuses, les robes à la Flore, les tuniques à la Minerve, la redingote à la Galathée, passant par toutes les nuances, depuis le Fifi pâle effarouché jusqu'au Violet cul de mouche. Et les coiffures! Le turban relevé avec des plumes bleues, bonnet Pierrot, bonnet à la Délie, bonnet à l'Esclavonne. Tout ce monde féminin caquette et fripe dans ses mains des éventails de crêpe noir lamé et pailleté d'argent, sur lesquels se montre discrètement l'effigie de Louis XVI, de la reine et du dauphin, ces éventails au Saule pleureur. Les élégants zazayent de leur petite voix de femmelette leur parlé gazouillé et mouvant, et étalent leurs habits de soie rayée à queue de morue. MM. de Concourt ont fait dans un excellent livre l'inventaire par le menu de cette société du Directoire. Ce catalogue des choses et des gens, M. Sardou, par une fantaisie d'auteur dramatique, l'a fait vivre aux Variétés. Il a animé les Carie Vernet, les Debucourt. Cela est fort amusant au début, mais fatigue vite chemin faisant. On feuillette pendant une heure un album de caricatures, mais toute une soirée! c'est un peu long. Et puis, une observation. Comment, nous voilà dans cette société de l'an de grâce 1798, et pas un costume d'officier ou de général? Ce ne sont pourtant pas les militaires qui faisaient défaut dans ce monde du Directoire. Il y a là une lacune.
M. Savigny.
Glace et patins: "La première leçon" et "Un regard en passant".
Puisque l'hiver s'obstine à ne pas entrer en scène, faisons tout éveillé un rêve qui fera tressaillir d'aise les membres du club des patineurs.