Non pas que, cantonné dans une dédaigneuse indifférence, il se fût tout à coup désintéressé des choses de la politique: familier de M. Thiers, ami de Gambetta, il se rangea aux côtés de ses coreligionnaires aux prises avec le vingt-quatre mai et le seize mai, et il leur prêta en mainte occurrence le précieux concours de sa science juridique.

Mais aux agitations du Forum et du Parlement il préférait l'atmosphère apaisée de l'audience.

Il y apportait une tolérance souriante, qui eût pu étonner ceux qui ne connaissaient de lui que sa participation à l'établissement de la République et la fermeté de ses convictions.

Et c'est par là peut-être, autant que par son impeccable correction professionnelle, qu'il avait acquis une haute autorité auprès de ses confrères, dont il fut le bâtonnier en 1887 et 1888.

Qu'il plaidât devant les juges civils ou en cour d'assises, Émile Durier se montrait toujours le même: lettré délicat, d'une rare distinction d'esprit, homme d'un grand sens, ayant au service de sa raison et de ses raisons une parole facile, élégante, claire, persuasive.

Ses plaidoyers étaient comme une fine causerie devant des gens de bonne compagnie; et, s'il lui arrivait assez souvent de lancer à l'adversaire quelque trait acéré, ce trait n'était pas de ceux qui restent dans la blessure.

Aussi tout le palais est-il en deuil.
A. Bergougnan.

LES EXPÉRIENCES DU POLYGONE D ANNAPOLIS

On connaît la lutte acharnée qui se livre entre le canon et la cuirasse depuis l'époque ou l'on a appliqué les blindages défensifs aux constructions navales.

Dans cette lutte, l'avantage semble être du côté du canon dont on peut augmenter la puissance de pénétration jusqu'à des limites presque indéfinies, au moins théoriquement, tandis que l'on arrive assez vite aux épaisseurs extrêmes de métal que l'on peut pratiquement employer pour la protection des navires.