--Embrasse aussi Thérèse!... Tu peux te vanter, mon fils, d'avoir la plus brave femme et le meilleur cœur de la terre! Si tu savais comme elle a été bonne pour nous, n'est-ce pas, Christine?... Eh! bien, où es-tu donc?
Christine, encore enveloppée dans un long paletot de drap couleur carmélite, se tenait sur le seuil et examinait à la dérobée le mobilier de la chambre à coucher; son regard chagrin s'était arrêté sur le fauteuil où la robe de moine à demi couverte de vêtements épars laissait apercevoir un capuchon de laine blanche ainsi qu'une manche ornée de nœuds rouges.
--Me voici, maman, répondit-elle, sans se distraire de sa contemplation.
Jacques, qui s'était tourné vers elle, surprit tout à coup ce regard investigateur et vit en même temps qu'il était fixé sur la robe aux nœuds rouges. Un mouvement de dépit et de vexation le secoua dans son lit.
--Eh! bien, ma fille, reprenait la maman Muret, est-ce que tu as peur d'embrasser ton frère?
--Pardon, repartit froidement Christine, je croyais convenable de laisser d'abord la place à Thérèse.
Elle s'avança d'un air pudibond entre sa mère et sa belle-sœur, qui s'étaient un peu écartées et, sans s'approcher trop près du lit, elle tendit ses joues aux baisers de Jacques, puis se rejeta en arrière.
Ce dernier, à la fois ému et nerveux, s'efforçait de racheter sa première impression d'effarement en prodiguant des caresses à Mme Moret et en serrant les mains de Thérèse.
--Mes chères miennes, dit-il enfin, pardonnez-moi, je ne vous attendais pas ce matin et je donnais à poings fermés.
--Tu n'a pas reçu mon télégramme? demanda Thérèse.