Tout ce qui, en dehors de cela, engonce le bras et en rompt la ligne, est assurément de goût médiocre. Le «gigot» a été, sous Louis-Philippe, une mauvaise plaisanterie de quelque couturière naturaliste--le couturier n'était pas encore inventé!...--Et la manche Valois, bouffante du haut, boutonnée au poignet, qui s'accordait peut-être avec l'époque, est aujourd'hui due aux ultra-maigres qui possèdent, pour bras, une paire d'échalas.
La robe du soir, donc, pour être logique et gracieuse, doit être sans manches; ou, du moins, avoir le moins de manches possible. Elle se fait de deux sortes: légère pour les très jeunes femmes, lourde pour celles qui ont passé vingt-cinq ans ou qui ne dansent plus.
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La robe lourde est en velours, en satin ou en lampas. Le satin est très à la mode, cette année. Aussi le velours de nuance tendre, bleu clair, vert pâle ou maïs. Peu de garniture, bien entendu. Mais des broderies d'or ou de pierreries au corsage et en panneau à la jupe assez longue, unie derrière, drapée devant.
Le satin et les velours mêlés sont d'un effet fort heureux. Le velours, alors, forme le dos du corsage, s'allonge sur la jupe en ailes étroites, ainsi que les pans d'un très long habit. Le satin est couvert de broderies.
Mais il y a toujours, dans le mélange des étoffes, beaucoup de fantaisie, partant beaucoup d'imprévu. La robe tout en satin, comme la robe tout en velours, est bien plus correcte, bien plus classique. Combien est élégant du satin rose de Chine, avec une fine broderie d'or et d'argent en entredeux, au-dessus de l'ourlet, courant sur le côté, en fermeture au petit corsage, tout brodé, comme une cuirasse! Ou, sur du satin jaune d'or, l'ourlet brodé et pailleté d'or, avec l'étoffe ramagée, en relief, de tout petits bouquets également brodés d'or. Encore bien aristocratique en sa simplicité somptueuse, une robe en peau de soie blanche que garnit, en fichu, enchâssant la gorge, du vieux point de Venise.
Le même point de Venise, rattaché en godets, forme draperie autour de la jupe et il enferme les hanches, noué à la pointe du corsage, comme le fichu l'est à la poitrine.
Les robes lourdes, portées aux premières fêtes, sont celles d'aujourd'hui. Les robes légères seront celles de demain. En voici une de crêpe blanc, que rayent d'étroits rubans de même nuance. Par derrière, la jupe ronde, comme presque toutes les jupes légères, est montée à gros plis plats, et le ruban, passé en sens inverse, coupe en travers chaque pli, de haut en bas. Le corsage décolleté, à longue pointe, est en satin crème avec un fichu noué de crêpe. Pour manches, des branches de cerisier en épaulières. Les mêmes branches, en grappes, retiennent la jupe sur le côté. Dans les cheveux, petite couronne de cerises sertissant le chignon.
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Une autre toilette est de satin rose. Une draperie de crêpe hortensia festonne au bord de la jupe, toute frangée de violettes: le tout voilé par une jupe de crêpe rose, tout unie et ourlée, en bas, de plusieurs plis plats. Le corsage en crêpe, froncé à la vierge, avec gorgerette de violettes. Une robe de crêpe blanc, avec fond de peau de soie, est plus simple encore: pour toute garniture, à la jupe, trois rangs de broderie, pointillée d'argent, cerclant l'ourlet. Au corsage, la gorgerette, aussi de broderie, descend en pointe devant et derrière. Les manches, nouées de satin, faites d'un seul bouillon de crêpe. Une autre, en tuile lilas, est couverte, devant, de larges chevrons de satin lilas qui forment comme un corps d'abeille; tandis que, derrière, les bandes de satin descendent toutes droites. Le corsage tout en satin, avec draperie de crêpe et guirlande-sautoir de lilas. Des lilas aussi dans la jupe, en longues grappes.