Aux élections de janvier 1879, lors du premier renouvellement par tiers des sénateurs élus par les départements, il y eut 82 élections qui donnèrent la majorité aux républicains. Ceux-ci se trouvèrent alors au nombre de 160 et les conservateurs au nombre de 140.

En janvier 1882, les républicains enlevèrent 66 sièges sur 79 et la majorité républicaine du Sénat atteignit alors 190 membres. En 1885, les républicains gagnèrent encore 25 sièges, en sorte que la minorité conservatrice fut réduite à 90 membres.

Enfin, en tenant compte des élections partielles de 1888 et des résultats de dimanche dernier, on constate que, depuis 1876, les républicains ont gagné 99 sièges perdus par les conservateurs.

Il y là un mouvement intéressant à signaler; cependant l'opinion publique se montre généralement moins frappée des questions d'ordre général que de celles qui concernent les personnes. Aussi l'attention s'est-elle portée cette fois moins sur l'ensemble des élections que sur deux candidats qui, à des titres divers, occupent une place importante sur la scène politique, M. de Freycinet et M. Jules Ferry.

On ne doutait pas de l'élection de M. de Freycinet, qui ne compte plus ses victoires, quel que soit le terrain sur lequel il se présente. Si, à l'Académie, il ne l'a emporté qu'au troisième tour--et on n'a vu là qu'une suprême coquetterie de l'illustre compagnie qui a voulu laisser croire que cette candidature était discutée--ici le président du Conseil a triomphé, et haut la main, au premier tour. Il obtient 579 suffrages sur 654 votants, c'est-à-dire une majorité inconnue dans les précédentes élections de la Seine. C'est presque l'unanimité. Elle s'explique par les séductions qu'exerce le talent de cet homme politique habitué à résoudre tous les problèmes en mathématicien doublé d'un orateur, mais on assure aussi que les délégués sénatoriaux ont voulu surtout acclamer en lui le ministre de la guerre, c'est-à-dire celui qui personnifie aujourd'hui la défense nationale. S'il en est ainsi, il n'y a qu'à s'incliner, le mobile principal des électeurs de la Seine étant de ceux qui ne sauraient être discutés, et on ne peut que constater une fois de plus, avec une nouvelle allégresse, la promptitude avec laquelle s'apaisent toutes les querelles de partis quand le patriotisme est en jeu.

L'élection de M. Jules Ferry a une réelle importance à un tout autre point de vue. Il représente la politique coloniale inaugurée par la nouvelle république et, en ce qui concerne la politique intérieure, il a été considéré longtemps comme l'homme d'État le mieux armé pour résister aux prétentions excessives des radicaux ou des socialistes. Plus d'une fois, le sénateur des Vosges sera amené à prendre la parole pour s'expliquer sur ce qu'on appelle les «aventures» de notre politique coloniale dont on le rend, avec injustice parfois, personnellement responsable. Mais il est permis de se demander si l'attente générale ne sera pas trompée, quand M. Jules Ferry sera appelé à prendre rang dans les questions qui divisent les esprits. Depuis le moment où il a dû se tenir à l'écart, bien des événements se sont produits qui ont modifié profondément la classification des partis et il est probable que l'ancien ministre aura quelque peine à reconnaître lui-même la voie dans laquelle il doit s'engager, s'il veut remplir le rôle pour lequel l'opinion s'imagine qu'il a été créé. Quoi qu'il en soit, son intervention dans les débats parlementaires est attendue avec curiosité.

Election législative.--L'élection de l'arrondissement de Saint-Flour, (Cantal), a donné les résultats suivants: M. Bory, vice-président du conseil général, républicain, élu par 6.353 voix, contre 3.165 à M. Andrieux, ancien député.

Conseil municipal de Paris.--La commission des finances du conseil municipal avait fait croire que, rompant avec de vieilles habitudes, cette assemblée discuterait et voterait le budget de la préfecture de police. Il n'en a rien été et, en séance, le conseil a émis son vote annuel, c'est-à-dire qu'il a refusé les crédits nécessaires à la police de la capitale.

Ce n'est pas tout, le conseil a voté le rétablissement d'un chapitre du budget qui, sous couleur de bonne comptabilité, détache une partie des services administratifs qui doivent dépendre de la direction préfectorale pour la placer sous le contrôle immédiat du consul.

Le ministre de l'intérieur a fait signer dès le lendemain par le président de la République deux décrets qui annulent ces deux décisions. Le conflit que l'on croyait écarté se trouve donc renaître avec plus de violence que jamais.