La pièce a pour titre: l'Amour vengé.
Les méfaits commis par l'Amour contre les hommes et contre les dieux sont en si grand nombre que Jupiter, dans un accès de justice et de morale, fait prendre Éros, et l'attache à un arbre avec des chaînes de roses. Le captif fait retentir les bois de ses gémissements et de ses lamentations à ce point que le bon Silène, appelé par ses cris, s'approche du malheureux, et touché de ses larmes consent à le délivrer. Silène met pourtant une condition à cet acte généreux: il veut être aimé par la toute-puissance d'Éros. La chose est d'autant plus facile que l'Amour trouve un double bénéfice à cet acte: il paye sa dette de reconnaissance envers Silène d'abord, et il se venge ensuite du maître des dieux, qui a abusé de sa puissance envers lui, simple immortel. Éros inspire donc une folle passion pour Silène à la belle Antiope, que Jupiter poursuit. Aussi, quand le roi de l'Olympe déclare sa flamme à la belle, celle-ci lui répond-elle, avec tout le respect du à son rang, quelle le vénère, mais quelle aime Silène: le coup a porté, et l'amour-propre de Jupiter s'indigne d'un tel choix et d'une telle préférence.
La vengeance d'Éros va plus loin encore: le dieu malin montre au dieu puissant le groupe amoureux dans la joie de leurs ébats; Jupiter ne se possède plus, et, pendant qu'Antiope va cherche des fruits pour déjeuner sur l'herbe en compagnie de Silène, Jupiter se saisit du maître ivrogne et lui ordonne de renoncer à l'amour d'Antiope, sinon il deviendra plus affreux encore que par le passé. Silène se le tient pour dit et, à son retour, Antiope, étonnée, ne trouve plus qu'un amoureux transi qui se refuse à ses caresses. L'humiliation est entrée au cœur de la femme dédaignée. Au fond, Éros est bon diable, et, à la prière de Jupiter, il se laisse toucher. Il parle à Antiope en faveur du maître des dieux, et elle oublie rapidement Silène qui, du reste, aura le vin pour se consoler.
Sur ce poème mythologique M. de Meaupou a écrit une fort agréable partition, dont l'originalité peut être discutée, mais dont l'élégance et le goût, ne sauraient être mis en question. Il y a là un musicien des plus délicats et des plus distingués. Il serait fâcheux que le talent de M. de Meaupou ne fût pas mis une seconde fois à l'épreuve. Le succès me semble assuré d'avance après cette première expérience de la scène, j'en ai pour garant et les couplets de Silène, et les duos d'amour de Silène et de Jupiter avec Antiope, et le quartetto très scénique qui a eu les honneurs de la soirée.
C'est M. Fugère qui tient le rôle difficile de Silène. M. Fugère est à coup sûr un des meilleurs chanteurs et un des meilleurs comédiens qu'ait eu, et depuis longtemps, l'Opéra-Comique. Chaque création nouvelle affirme son autorité. Il est parfait sous les traits de ce dieu des buveurs qui, avec un comédien moins sûr de lui-même, pouvait facilement tourner à la caricature. La majesté de Jupiter se perd dans le jeu hésitant de M. Carbone; mais la voix de ténor de ce chanteur ne manque ni d'accent ni de chaleur. Une gracieuse personne, Mme Bernaërt, joue agréablement le rôle d'Antiope. Quant à Éros, il est représenté par Mlle Chevalier qui est une chanteuse de talent et une comédienne des plus intelligentes; mais ces qualités de l'art auraient été insuffisantes, dans le rôle déshabillé de l'Amour, si la nature ne s'était chargée de parfaire le personnage. C'est complet.
M. Savigny.
L'ANTHROPOPLASTIE GALVANIQUE
Les hommes se sont toujours montrés jaloux de rendre à leurs morts un culte particulier et cependant ils n'ont jamais accordé qu'un intérêt très médiocre à la conservation des cadavres. Les Égyptiens assuraient, il est vrai, la conservation des morts par des soins méticuleux. Daubenton et plus récemment Czermak nous renseignent à cet égard. Il existait, dans l'ancienne Égypte, des officines spéciales où les cadavres étaient soumis à des manipulations plus ou moins compliquées: les corps étaient immergés dans des bains antiputrescibles, puis enveloppés par les parents avec des milliers de bandelettes. Mais on peut affirmer que l'embaumement égyptien était pour ainsi dire une exception: les riches seuls pouvaient y prétendre. A notre époque, l'art des embaumements n'a pas fait de grands progrès. On se contente le plus ordinairement de pousser dans les artères du cadavre une injection stérilisante dont la composition varie, et on se préoccupe peu de ce qui adviendra. Au surplus, de même qu'en Égypte, au temps de Ptolémée, ce mode de conservation n'est appliqué que très exceptionnellement.
Faut-il rechercher dans l'imperfection des procédés le peu de goût que nous paraissons avoir pour la momification ou l'embaumement? Obéissons-nous fatalement à une loi de la nature, à cette loi formulée dans ces paroles de l'évangile: pulvis es et in pulverem reverteris? Le docteur Variot, un des médecins les plus distingués des hôpitaux de Paris, répond à ces deux questions en proposant à ses contemporains l'emploi des procédés galvanoplastisques pour obtenir des momies indestructibles. Le Dr Variot métallise notre cadavre tout entier: il l'enferme dans une enveloppe de bronze, de cuivre, de nickel, d'or ou d'argent, suivant les caprices ou la fortune de ceux qui nous survivent. Donc plus de putréfaction et plus de poussière. Voilà une invention qui pique votre curiosité? Vous voulez savoir comment procède le Dr Variot?
Jetez les yeux sur les dessins que nous avons fait exécuter dans le laboratoire de la Faculté de médecine où M. Variot poursuit ses recherches. Dans un double cadre à quatre montants, réunis en haut et en bas par des plateaux carrés, vous voyez le corps d'un enfant sur notre dessin de première page, le cadre est disposé sous une cloche pneumatique; sur celui ci-dessus il est placé dans un bain de sulfate de cuivre. Le corps de l'enfant a été perforé à l'aide d'une tige métallique. Une des extrémités de cette tige butte contre la voûte du crâne, tandis que l'autre est enfoncée comme un pivot dans une douille de métal de l'appareil située au centre du plateau inférieur du cadre. Le cadre support est un cadre conducteur de l'électricité. Les montants et les fils conducteurs ont été soigneusement isolés avec du caoutchouc, de la gutta ou de la paraphine. Le courant électrique est fourni par une petite batterie de trois piles thermo-électriques Chaudron. Un contact métallique dentelé, en couronne, descend du plateau supérieur et appuie légèrement sur le vertex du petit cadavre; la face plantaire des deux pieds et la paume des mains reposent sur deux contacts. En outre, des contacts ont été échelonnés sur les quatre montants métalliques du cadre, pour être appliqués aux points voulus, avec la possibilité de les déplacer à volonté.