LES PARLEMENTS ÉTRANGERS
VIII
SUÈDE
Le parlement suédois a existé de tout temps. Celui que les Suédois ont surnommé le Roi-Soleil, Gustave III, l'avait, pendant quelques années, réduit et même supprimé, mais ce monarque peu libéral fut tué, comme l'on sait, à l'Opéra de Stockholm d'un coup de pistolet en 1792.
Pendant des siècles le parlement suédois se composait de quatre chambres: la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et les paysans. C'est la noblesse qui presque toujours dominait, et on lui permettait de dominer parce qu'elle était la gloire du pays, alors que la Suède était un État puissant et que ses rois triomphaient sur les champs de bataille de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Russie et de la Pologne.
Quand le fils de Gustave III, Gustave-Adolphe, fut violemment détrôné en 1809, ce qui le fit devenir même à peu près fou, la constitution suédoise fut un peu modernisée et la puissance dangereuse du roi considérablement réduite, mais on gardait toutefois les quatre Chambres où les sièges de la noblesse étaient héréditaires, comme en Angleterre.
Mais bientôt les idées nouvelles se répandaient en Suède, le pays se développait intellectuellement, et dans ce siècle de libéralisme, d'inventions et de progrès, ce système des quatre Chambres devint intolérable au point de vue politique et pratique. Après de laborieuses discussions et une opposition catégorique de la part de la noblesse, on obtint enfin en 1866 une réforme de la représentation nationale. C'est là d'ailleurs le seul grand événement qui ait traversé la vie politique de la Suède dans les temps modernes, et la seule fois que les noms de ses hommes d'État devinrent vraiment connus hors du pays. Le père de la réforme, c'est du reste ainsi qu'on l'a surnommé, fut M. le baron Louis de Geev. Il appartient à une vieille famille d'origine belge; il est né en 1818, et, après une brillante carrière judiciaire et de nombreuses excursions dans la littérature sous forme de romans historiques, il fut nommé en 1875 président du conseil et garda ce poste jusqu'en 1880. La gauche et la droite n'existant pas dans la politique suédoise, on ne peut guère dénommer son cabinet: tout ce que l'on peut en dire, c'est que c'était un cabinet conservateur, mais de nuance assez pâle. Quoi qu'il en soit, c'est à M. de Geev que l'on doit en grande partie la constitution actuelle dont nous allons exposer le système.
La forme du gouvernement est une monarchie héréditaire avec une Diète composée de deux Chambres: la «première», élue par les conseils provinciaux et par les conseils municipaux des grandes villes; la «deuxième», élue, au suffrage à deux degrés, par des électeurs censitaires. Le roi a un droit de veto absolu.
Les membres de la «première», sont élus pour neuf ans; ils sont actuellement au nombre de 145 et ne touchent aucune indemnité. Cette Chambre, très aristocratique, renferme beaucoup de comtes et de grands financiers.
Les membres de la «deuxième» sont élus pour trois ans; ils sont actuellement au nombre de 222, et touchent par jour 15 francs d'indemnité. Cette Chambre renferme beaucoup de paysans, élus dans les campagnes, et beaucoup de commerçants, d'avocats et d'hommes de lettres, élus dans les villes.