Paris est le Salon de l'Europe, la seule ville où se trouve une société supérieure, choisie, indulgente. Assurément il y a une grande pénurie de sujets de conversation mondaine. Dans un salon, on ne sort pas de la banalité des choses générales et des nouvelles courantes, déflorées par les journaux. Une idée forte, une théorie de Darwin, par exemple, lancée au milieu du cercle, produirait l'effet d'une pierre lancée sur la surface unie d'un étang au milieu d'une bande de canards; quant à Jean-Jacques Rousseau, Voltaire and Cie, il est convenu qu'ils ne peuvent être lus que par des gens mal élevés. Un philosophe est un juge et un ennemi. Le talent, l'esprit, est ce qu'il y a de plus odieux à la médiocrité, et si cette supériorité n'engendre pas des haines atroces, c'est que ceux qu'elle divise évitent de se rencontrer.--La Mere Caspienne.

Rien ne peut donner une idée de la pauvreté, de la misère des conversations de province, reflet des petitesses et des mesquineries de la vie journalière. L'esprit parisien est une monnaie qui n'a pas cours dans les petites villes. Tout ce qui est lieu-commun à Paris fait les beaux jours des salons les mieux composés; on y gâte les choses les plus spirituelles et les plus originales en les traduisant et en les rabâchant comme des anas. Mais on ne s'étonne plus que des gens raisonnables puissent s'intéresser à des histoires insignifiantes et à des contes à dormir debout, quand on a sondé la profondeur de l'universel ennui de la Province.--La Muse du département.

(A suivre.)
Charles Joliet.

TOUR DANS LA GUINÉE PORTUGAISE

Une polémique récente à propos de concessions qui auraient été accordées par le roi de Portugal à des Français dans la Guinée portugaise a de nouveau attiré l'attention sur cette partie de l'Afrique. Les documents qui suivent et qui nous sont apportés par un de nos collaborateurs seront donc les bienvenus et donneront, en attendant une étude plus complète, une idée de ces régions, dont la mise en valeur n'est plus qu'une affaire de temps.

Après avoir exploré en détails la riche région de la Casamance qui fait partie de nos possessions du Sénégal, nous avons résolu, M. Ferrolliet, le comte Guy d'Avout et moi, de faire un tour en Guinée Portugaise.

Partis de Carabane le 7 mai à 10 heures du matin, nous arrivons le 8 en vue de Cachéo. Cette ville a perdu l'aspect spécial et tout à fait pittoresque qu'elle avait autrefois lorsqu'elle était le centre le plus important des Portugais et le seul établissement qui ressemblât à une ville sur cette côte. Une demi-heure suffit à la parcourir en tous sens. A l'ouest s'élève un mauvais fort rectangulaire surmonté à chacun de ses angles par une petite tourelle minuscule, et armée de 12 canons vieux comme les siècles. Dans la cour, très vaste, trois ou quatre papayers semblables à des plumeaux donnent chacun, à midi. 5 pouces carrés d'ombre. Une vingtaine de cassadors et artilheros composent toute la garnison sous le commandement de deux Européens: un sous-lieutenant et un lieutenant qui remplit les fonctions d'administrateur.

LA GUINÉE PORTUGAISE 1. Les ruines du palais de l'ancien gouverneur de Guinée, à Cachéo.--2. Carte de la Guinée portugaise.--3. Le fort de Cachéo.--4. Chasseurs et artilleurs noirs composant la garnison de la citadelle.--5. Le marché de Cachéo.