BISSAO.--Le marché.
Tous se prêtèrent d'autant plus volontiers au désir que je manifestai de les photographier, que c'était pour eux l'occasion unique de se montrer dans un appareil militaire. Après s'être consulté longuement sur l'attitude guerrière dans laquelle il convenait de passer à la postérité, on résolut de simuler une attaque. En conséquence, les chasseurs allèrent sous un grand arbre se grouper au port d'arme négligé, et les artilleurs alignèrent leurs pièces autour d'un bec de gaz. J'eus toutes les peines du monde à leur faire comprendre que la position était déplorable, et qu'en aucun cas des réverbères, plantés à trois mètres de la gueule d'un canon, ne pouvaient être pris pour un ennemi figuré.
Jeunes Papels de l'intérieur en costumes
de fête.
En face de la porte du «Quartel», de l'autre côté du Largo don Luis I, s'élève une maison qui eut ses jours de splendeur avec sa belle galerie vitrée aux boiseries blanches et or, dont il ne reste plus que des piliers en briques ruinés et des poutres menaçant la tête des promeneurs. C'est l'habitation de D. Eugenia Miranda de Guilherme de Carvalho Lopez, descendante d'une de ces illustres familles de Portugal, à noms interminables, qui vinrent s'établir à Cachéo, et, par des mariages avec les indigènes, donnèrent naissance à cette population de métis si nombreuse en Guinée. Plus loin une maison carrée porte le titre pompeux de Palais du Lieutenant-Administrateur. Derrière se dressent les ruines gracieuses de ce qui fut jadis le palais du gouverneur de Guinée. Ces fenêtres ogivales, ces restes d'une architecture qu'on s'étonne de rencontrer dans ces parages, ces arbres et ces plantes poussant tristement dans les crevasses des murailles, offrent un coup d'œil pittoresque rappelant les ruines d'un vieux monastère du treizième siècle.
Marchandes d'eau sur la place du Marché,
à Boulam.
Un griot jouant du balafon, sur les bords
du Rio Grande.
Le grand mouvement de Cachéo se trouve sur la place du marché où les femmes Papels viennent de l'intérieur du pays vendre du bois, des biches, des légumes, des oranges, des bananes, etc. Ces femmes robustes, presque complètement nues, une main gaillardement campée sur la hanche, de l'autre soutenant d'énormes paniers pleins de leurs marchandises et qu'elles portent sur leur tête, partent la nuit de leur village, faisant de 40 à 50 kilomètres à travers la forêt, pour arriver à la ville dès le matin, et en repartir le soir. Elles recommencent ce trajet tous les deux jours. Les dames de la ville drapées avec une certaine élégance dans leurs pagnes au mille dessins et aux couleurs voyantes, couvertes de bijoux d'or et de corail, viennent faire leur emplettes, pendant que les flâneurs et les soldats contemplent ce spectacle qui constitue leur unique distraction.