Suivant une habitude à peu près constante, la session a commencé par un certain nombre d'interpellations. D'abord celle de M. Ernest Roche sur l'emploi des fonds provenant du pari mutuel. Le ministre de l'intérieur a répondu en déposant sur le bureau de la Chambre une proposition de loi sur cette question, et en demandant l'ajournement de la discussion à un mois. Cet ajournement est voté par la Chambre.

Une interpellation de M. Le Veillé sur le cumul exercé par le procureur de la République à Limoges, lequel donne à l'école primaire supérieure de cette ville des leçons de législation usuelle, aboutit à l'ordre du jour pur et simple, voté par la Chambre sur la demande du ministre de la justice, par 319 voix contre 80.

L'interpellation de M. Francis Laur, «sur les mesures que le ministre des finances compte prendre pour empêcher le drainage de l'or sur les marchés étrangers, a donné lieu à un débat plus animé.

La thèse de M. Laur était que le gouvernement, bien loin de consentir, comme il l'a fait récemment, à un prêt de 75 millions à la Banque d'Angleterre par la Banque de France, devait, au contraire, imiter les gouvernements voisins qui s'opposent, par des mesures économiques et financières, à l'exportation de l'or monnayé.

Un membre de l'opposition, M. le comte de Lanjuinais, est intervenu dans la discussion pour soutenir en cette circonstance le gouvernement. Il a félicité le ministre d'avoir autorisé le prêt à la Banque d'Angleterre, et déclaré que, sans cela, le taux de l'escompte aurait été subitement élevé en France au détriment du commerce national, par contre-coup de la crise financière qui aurait sévi avec plus de rigueur encore dans le pays voisin.

M. Rouvier a pris ensuite la parole pour justifier la conduite du gouvernement et la Chambre lui a donné gain de cause en repoussant par 428 voix contre 29 l'ordre du jour de blâme déposé par M. Francis Laur.

M. Dumay a interpellé le ministre de la justice à propos de la fermeture d'une usine à Revin, de l'expulsion d'un certain nombre d'ouvriers belges pour faits de grèves et de l'attitude prise en cette circonstance par le patron de l'usine en question, M. Martin, sujet belge lui aussi, attitude que M. Dumay a déclaré provocatrice à l'égard des ouvriers en même temps que contraire à la loi. Sur la proposition de M. Calvinhac, l'examen des faits signalés par M. Dumay a été renvoyé par 250 voix contre 140 au ministre de la justice.

Une question qui ne pouvait manquer d'arriver en discussion devant la Chambre est celle qui concerne les misères sans nombre et sans nom produites par la longue période de froid que nous venons de traverser. M. le ministre de l'intérieur a présenté une demande de crédit de deux millions destiné à secourir les malheureux des villes, sans préjudice du crédit spécial sera affecté aux populations rurales tout aussi cruellement atteintes, sinon davantage.

La Chambre a déclaré l'urgence et voté la discussion immédiate.

M. Dumay a demandé un prélèvement de 50,000 francs pour l'appropriation des postes-casernes et leur chauffage en faveur des indigents.