M. Gauthier a proposé le dégagement des objets de literie déposés au Mont-de-Piété, mais M. Constans a rappelé que toutes les fois qu'on a voulu prendre une mesure de ce genre, on s'est heurté à cet inconvénient que les trois quarts des reconnaissances étaient aux mains de spéculateurs, en sorte qu'au lieu de secourir des indigents, on favorisait des usuriers. Le ministre a ajouté que l'administration avait tous les éléments nécessaires pour faire équitablement et rapidement la répartition des secours. Le projet de loi a été voté à l'unanimité de 532 votants.
A la séance de lundi dernier est venue l'interpellation de M. Bourgeois (du Jura) relativement à la dénonciation des traités de commerce. C'était de beaucoup la plus importante, car elle était en quelque sorte le prélude de la discussion qui doit s'engager cette année sur l'ensemble de notre régime économique. Protectionniste à outrance, M. Bourgeois demandait la dénonciation de tous les traités de commerce indistinctement. M. Ribot, qui lui a répondu, a formellement déclaré «que la France ne devait pas s'isoler dans le monde et s'entourer de barrières, qu'elle entendait seulement réviser et élever ses tarifs dans la mesure de ce qui est juste et utile à ses intérêts». Le ministre a été applaudi sur tous les bancs de la Chambre. La doctrine, qui tient le juste milieu entre le protectionnisme exagéré et la liberté absolue, a été approuvé à gauche comme à droite, car on a vu, chose rare, un député monarchiste, M. Paul de Cassagnac, et un député boulangiste, M. Déroulède, monter à la tribune pour s'associer à la politique économique du gouvernement. Enfin, M. Méline étant venu à son tour lui donner son appui, on pouvait s'attendre à un vote à peu près unanime en faveur du ministère. Et, en effet, un ordre du jour de confiance a été voté par 458 voix contre 11. C'est la plus forte majorité que le gouvernement ait obtenue sur une question économique.
--L'élection du bureau du Sénat a donné les résultats suivants:
Président, M. Le Royer, 168 voix.
Vice-présidents, MM. Bardoux, 158 voix: Challemel-Lacour, 153; Merlin, 146; Demole, 143.
Secrétaires, MM. Hugot, 158 voix; Cabanes, 156; Franck. Chauveau, 155; Dusolier, 154; marquis de Carné, 148, Morellet, 140.
Questeurs, MM. l'amiral Peyron, 156 voix; Guyot, 154; Cazot, 143.
La charge de Sedan: M. de Beauffremont et M. de Galliffet.--A-t-il émis un paradoxe, celui qui a prétendu que seuls les romans sont vrais et que l'histoire est fausse d'un bout à l'autre? C'est une question qu'on peut se poser quand on voit quelle peine on éprouve à établir l'authenticité d'un fait contemporain, alors qu'on peut compter sur l'absolue sincérité des témoins.
Toute la semaine a été remplie par les polémiques des journaux sur ce point d'histoire: Qui a commandé la charge de Sedan? Le prince de Beauffremont, qui était à ce moment le plus ancien colonel, en revendique l'honneur, mais le marquis de Galliffet soutient de son côté, que nommé général de brigade à la date du 30 août, lui seul avait le droit de commander cette fameuse charge, qui fut une gloire au milieu de nos ruines. La question est de savoir si le décret qu'invoque le marquis de Galliffet, et qui existe en effet dans les archives de la guerre à la date du 30 août, a été bien réellement signé ce jour-là par l'empereur. C'est ce que mettent en doute les adversaires de M. de Galliffet. Le maréchal de Mac-Mahon a déclaré en effet que ce décret est resté sur la table de l'empereur, qui ne l'a jamais signé, et d'autre part le général Ducrot a proclamé hautement que la charge fameuse a été commandée en sa présence et sur son ordre par le général de Galliffet.
Comment se prononcer? En attendant qu'une communication officielle tranche ce débat une fois pour toutes, le pays ne peut que partager sa reconnaissance entre les deux héros qui méritaient tous deux de commander ces «braves gens» qu'admiraient nos ennemis.