Les auteurs, sans négliger le côté pratique, ont passé en revue tout ce que l'art peut fournir d'amusant dans le métier.
Art de grimer les modèles, photographie astronomique, photo-miniature, photographie en ballon, en cerf-volant, photographie des feux d'artifices, des étincelles électriques, des fantômes, ombromanie, le photographe farceur, pour se photographier soi-même, photographe et badauds, les commandements du photographe amateur, sont les titres de quelques-uns des chapitres de l'ouvrage de MM. Bergeret et Drouin, ils suffisent à montrer ce qu'est l'œuvre tout entière.
Instruire et amuser, délasser à la fois l'esprit et la main, tel est le but que les auteurs s'étaient proposé, ils y ont pleinement réussi.
Chants et légendes de l'aveugle, par M. Guilbeau (Librairie Boulanger, 83, rue de Rennes).--Très curieux volume de poésies. L'auteur, qui est aveugle-né, parle en aveugle des impressions et des sensations des aveugles, et les images dont il se sort procèdent, non de la vue, mais de l'ouïe, ce sens si développé chez les êtres atteints de cécité; aussi son œuvre est-elle à la fois psychologique, naturaliste et artistique. On la sent vécue.
LE COMITÉ DU YACHT FRANÇAIS
Un comité vient de se constituer sous la présidence d'honneur de M. le vice-amiral Jurien de la Gravière, à l'effet d'encourager la construction de yachts de course français, capables de lutter avec les champions les plus célèbres d'Angleterre et d'Amérique. On sait quelle importance la navigation de plaisance maritime a prise dans ces deux pays, où les courses de bateaux à voile passionnent autant la foule que les plus importantes réunions hippiques. La compétition pour la Coupe de l'America, qui dure depuis des années, pour la possession de ce trophée que les Anglais n'ont pu encore reprendre aux Américains, est regardée de part et d'autre comme ayant un immense intérêt national, car l'effort national pour créer le yacht digne de prendre part à cette espèce de tournoi suppose dans le peuple où il se produit un sens maritime très développé, et la passion en quelque sorte des choses de la mer.
La navigation de plaisance a fait en ces derniers temps, en France, de très rapides progrès; mais, si le nombre de ceux qui pratiquent ce sport si noble s'est très promptement développé, la construction des bateaux de mer, il faut le dire, est restée à peu près stationnaire. Et, pourtant, nos architectes navals, nos constructeurs, nos ouvriers, ne sont pas moins habiles que ceux de l'étranger. Il ne leur manque que l'occasion de montrer leur savoir-faire. C'est pour la leur donner que le Comité du yacht français vient d'être créé.
Il se propose de distribuer des primes et des encouragements aux propriétaires de bateaux de course et aux architectes navals, jusqu'au jour où constructeurs, armateurs et équipages se seront assez perfectionnés pour pouvoir entrer en lice avec chance de succès contre leurs rivaux d'Angleterre et d'Amérique. A cet effet, il créera des courses spéciales, donnera des prix aux plus méritants, récompensera ceux qui les premiers iront affronter la lutte avec l'étranger. Dès à présent, et pour faire connaître d'une façon précise le but auquel il aspire, il a décidé d'organiser une régate à courir dans les eaux françaises entre yachts de toutes nations, pendant la saison de 1892. D'ici là, on peut légitimement espérer que le yachting français, grâce aux encouragements qu'il recevra, se sera mis en mesure de soutenir dignement l'honneur des trois couleurs.
Le mouvement qui va nécessairement se produire dans les chantiers français, sous l'action du comité, aura les plus heureux effets pour les industries maritimes, pour ne parler ici que du côté matériel et économique de cette question. On ne sait pas assez en France que la navigation de plaisance maritime fait vivre en Angleterre tout un peuple de marins d'élite qu'on ne peut évaluer à moins de 20,000 hommes, et que les 3,000 yachts que l'on compte dans le Royaume-Uni représentent un capital de 300 millions.
Dans notre pays, il existe déjà plus de 1,000 yachts à voiles ou à vapeur jaugeant ensemble 20,090 tonneaux et occupant 5,000 marins. Il ne s'agit donc que de développer un sport déjà très prospère par lui-même, et de lui donner chez nous la légitime importance à laquelle il a droit, par les mêmes moyens que l'on a employés avec succès pour faire du sport hippique ce qu'il est aujourd'hui.