La semaine dernière, c'était d'Eugène Delaplanche, l'un des sculpteurs qui se sont le plus passionnément inspirés des efforts et des recherches de la nouvelle école, que nous enregistrions la mort. Cette semaine, la sculpture a fait une autre perte: celle d'Aimé Millet, l'un des derniers représentants de l'art romantique.
L'auteur du Vercingétorix de la colline d'Alix-Sainte-Reine (Côte-d'Or) ne fut pas en effet un artiste qui rêva les menues délicatesses et les finesses d'exécution des Florentins. Il voyait «grand». Il avait la robuste conviction de cette génération de 1830, qui pensait que le beau avait surtout de vastes dimensions.
De là, des œuvres souvent imparfaites, mais toujours inspirées par un magnifique enthousiasme et par l'ambition du colossal.
Aimé Millet était né en 1816. Après avoir longtemps hésité entre la peinture et la sculpture et exposé plusieurs fois des dessins très remarqués dans les salons annuels, il entra dans l'atelier de David d'Angers. Dès 1857, il obtenait un grand succès avec son Ariane, qui, achetée par l'État pour le musée du Luxembourg, lui valut une première médaille. Ce fut le commencement d'une carrière glorieuse. En 1859, il recevait la croix de la Légion d'honneur: en 1867, à l'Exposition Universelle, il remportait, pour la seconde fois, une première médaille: en 1870, il était promu au grade d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur.
Les œuvres d'Aimé Millet sont nombreuses. Nous avons cité déjà son Ariane et Vercingétorix. Cette dernière lui attira une grande popularité; au Salon de 1865--le même où figura le Chanteur florentin de Dubois--ses dimensions prodigieuses eurent le don d'enthousiasmer la foule. D'ailleurs, la simplicité héroïque du chef gaulois, ses moustaches tombantes, son front intelligent, éveillaient chez tous des émotions patriotiques, et l'on était reconnaissant à Aimé Millet de l'avoir dépeint tel à peu près qu'on l'imaginait volontiers.
A Paris, on connaît surtout son Apollon gigantesque qui domine l'Opéra, le Commerce, la Finance et la Prudence, qui décorent la façade du Comptoir d'Escompte, ses tombeaux de Murgor, de Baudin et d'Edgard Quinet.
LES LIVRES NOUVEAUX
Annuaire illustré de l'armée française, par Roger de Beauvoir.--La maison F. Plon, Nourrit et Cie vient de mettre en vente sa publication nouvelle: L'Annuaire illustré de l'armée française, de notre collaborateur et ami, M. Henri-Roger de Beauvoir. L'annuaire de 1891 est encore un progrès sensible sur ceux de 1890 et 1889, quoique ceux-ci, par leur remarquable exécution typographique et artistique, aussi bien que par l'utilité de leurs renseignements, aient été, dès leur apparition, classés parmi les albums nécessaires, indispensables à tous, aujourd'hui que l'armée est la nation toute entière, et, par le luxe de leur édition, aussi bien placés sur la table du salon que sur celle du cabinet de travail. Mais les renseignements utiles ont été multipliés en celui-ci, qui est un guide sûr et complet pour tous ceux qu'intéresse le rouage compliqué de notre organisation militaire. Toutes les questions de recrutement de conseils de révision, d'appels de classes, d'engagements et de réengagements, etc., etc. y sont résumées avec clarté: les compositions de corps d'armée, les emplacements de troupes, indiqués dans le plus complet détail: les écoles militaires minutieusement étudiées: tout enfin fait de ce bel ouvrage le vade mecum indispensable à tout Français qui, n'ayant pas dépassé 15 ans, se trouve soumis à des obligations militaires. Que dire de la partie artistique, absolument remarquable? Plus de soixante compositions absolument inédites, signées de noms d'artistes d'un talent reconnu, de grands dessins de page entière d'Armand Dumaresq, de Hœnen, Perboyre, Comba, Soé, etc.: quelques très beaux portraits de Fernand de Launay et Serendat de Belzim: quantité de jolis croquis semés à travers tout l'ouvrage en font un album précieux; la typographie est irréprochable; on a peine à comprendre comment on peut livrer au public, pour un prix aussi modique, un ouvrage qui, outre son utilité technique, tient une place honorable à côté des plus belles publications illustrées.
A. L.
Trois mois en Irlande, par Mlle M.-A. de Bovet. 1 vol. in-18º, 3 fr. 50 Hachette.--S'il y a plaisir à lire ce récit d'un voyage de trois mois dans la verte Érin, il n'en faut pas seulement trouver la cause dans la beauté et l'originalité de la «terre d'émeraude», mais aussi et surtout dans l'esprit de la voyageuse et le talent de l'écrivain. Pays charmant, paraît-il, et malheureux à coup sûr, que l'Irlande! et Mlle de Bovet n'hésite pas à lui témoigner son intérêt et ses sympathies, autant pour ses attraits que pour ses infortunes. C'est ce témoignage, suivant elle, qui lui a manqué le plus, depuis sept siècles de conquêtes, pour lui réchauffer le cœur, et, comme il dépend de chacun de le lui donner, elle nous en sollicite et nous propose, comme une bonne action qui n'irait pas sans plaisir, d'aller en Irlande le lui porter nous-même. Il est certain que cela est tentant après avoir lu son livre. Et nous dirons volontiers avec elle: qu'on aille en Irlande--au moins dans le livre de Mlle de Bovet.
L. P.
Les récréations photographiques, par A. Bergeret et F. Drouin (Mendel, éditeur. 118, rue d'Assas. Prix: 6 francs).--Intéressant volume qui, ainsi que son titre l'indique, a pour but de fournir à l'amateur l'occasion de sortir des sentiers battus et, de se délasser de ce que la photographie peut avoir par certains côtés de fatigant et de laborieux.