Quelle est la cause immédiate du froid?
On pourrait croire que c'est cet impitoyable vent du nord-est, qui nous arrive de Russie et de Sibérie, où le thermomètre descend si souvent au-dessous de 30 degrés de glace; mais il importe encore ici d'analyser la question. Or, précisément aux dates des plus grands froids, tels que le 10 décembre 1879 et la période du 17 au 20 janvier derniers dont nous avons mis les cartes thermométriques sous les yeux de nos lecteurs, le froid ne va pas en augmentant dans la direction d'où vient le vent; il est, au contraire, moins fort en Russie qu'en France. Ce n'est donc pas le vent du nord-est qui nous apporte le froid.
Pourtant les grands froids coïncident toujours avec ce courant polaire.
Mais ils s'accentuent sur place, sur la France même. Pourquoi?
Si l'atmosphère n'existait pas, la chaleur reçue du Soleil ne serait pas conservée un seul instant à la surface de notre planète, le sol ne s'échaufferait jamais et resterait constamment gelé, parce que la Terre vogue au sein d'un espace absolument froid, dont la température est de 273 degrés au-dessous de zéro.
Si l'atmosphère était très raréfiée, comme celle qui existe au-dessus des hautes montagnes, notre planète serait également couverte de glaces éternelles.
Quel est l'élément qui, dans l'atmosphère, est le plus efficace pour conserver la chaleur reçue du Soleil? Ce n'est ni l'oxygène, ni l'azote: c'est la vapeur d'eau. Une molécule de vapeur d'eau est 18,000 fois plus efficace pour conserver la chaleur qu'une molécule d'air sec. Grâce à cette faculté précieuse, l'atmosphère agit comme une véritable serre et emmagasine la chaleur solaire reçue, l'empêche de rayonner du sol et d'aller se perdre dans l'espace glacé.
Eh bien! le courant du nord-est, arrivant des continents, est le plus sec de tous les courants atmosphériques. Pendant le régime des hautes pressions, c'est lui qui règne. L'air est sec. Il peut avoir plus d'épaisseur. Peu importe. Il n'a pas la propriété de conserver la chaleur. Cette chaleur reçue est, d'ailleurs, bien faible en décembre et janvier. Les jours sont courts, et les rayons solaires glissent obliquement sans pouvoir échauffer le sol. La terre se refroidit, d'autant plus complètement que l'atmosphère qui la recouvre est plus froide elle-même et surtout plus sèche. L'hiver pourrait revenir--moins glacial naturellement--si les hautes pressions revenaient elles-mêmes.
Telle est l'explication qui nous semble la plus probable de l'origine comme de la fin des grands froids dans nos climats.
Camille Flammarion.