LA NEIGE EN ALGÉRIE.--La place du Gouvernement, à Alger,
vue prise le 19 janvier.--Phot. Geiser.
Ohé! les masques, ohé! Allons, sortez de vos moules, faux nez et postiches de tout genre, et, dans un divertissant défilé, montrez-nous que la gaieté française est moins moribonde qu'on ne se l'imagine, et surtout qu'on ne le dit!
Que de souvenirs joyeux, en effet, évoque pour le lecteur la vue de tous ces masques, et quelles bonnes histoires personnelles ne rappellent-ils pas à chacun de nous? Dans notre souvenir ils s'agitent, s'animent, et, de toutes les cavités de ces figures de carton blafardes ou rutilantes, il se dégage un vague murmure sonore, écho de nos folies de vingt ans!
On a beau s'en défendre, il reste de ces premières impressions comme une griserie, et plus d'un, qui depuis longtemps ne se masque plus, hélas! s'est surpris à vouloir, pour une fois au moins, recommencer.
De tous temps l'homme s'est masqué pour se moquer de l'homme. Bacchanales grecques, saturnales romaines, fête des fous ou des vendanges, procession du renard dans l'ancien temps, promenades du géant Gayant, de la tarrasque, du bœuf gras plus près de nous, le masque a tout accompagné et a subi de nombreuses transformations. On le rencontre pour la première fois, d'une façon certaine, au théâtre grec, où il avait un double but: d'abord donner plus de vérité à la représentation du personnage, ensuite renforcer par certains artifices la voix de l'acteur.
Les masques antiques se divisaient en plusieurs catégories: masques de vieillards, de jeunes hommes, d'esclaves et de femmes. Mais ce n'étaient pas là des masques dans l'acception que l'on donne aujourd'hui à ce mot, ils ne comportaient aucune idée de déguisement.
Ces masques du théâtre ancien se sont d'ailleurs perpétués jusqu'à une époque peu éloignée de nous. Polichinelle, le capitaine Matamore, Arlequin enfin, en sont comme les derniers reflets.
De la scène, le masque ne tarde pas à passer à la ville, et cette mode prend naissance en Italie, à Venise, où elle est une conséquence toute naturelle de son célèbre carnaval.
Dès lors, tout le monde se masque, mais alors aussi commencèrent les abus; adopté pour favoriser la galanterie et les divertissements, le masque servit bientôt à faciliter les crimes.