--Entraînez la femme, disent l'auteur dramatique et l'avocat.

Et il ne l'a pas entraînée du tout, la femme, ce M. Wladimiroff! Il s'était contenté de la tuer dans la personne de Mme Dida.

Ces assassins par amour (ainsi s'intitulent-ils), sont d'ailleurs bien curieux. Ils jurent: 1° de tuer l'objet aimé; 2° de se tuer après. Mais, après avoir accompli la première partie de leur tâche, ils reculent généralement devant la seconde.

Or, c'est cette seconde partie qui est la plus difficile à accomplir. Il est assez facile de dire à une malheureuse: «Mourons ensemble, veux-tu?»

Et, par amour de la phrase, l'autre répond aussi sans difficulté: «Oui, mourons ensemble!»

Elle ajoute même quelquefois, étant romanesque:

--Avec joie, mon adoré, avec joie!

Mais quand l'amoureux, l'Antony, le Werther à deux, a ajouté: «Viens avec moi dans l'éternité», et pressé la gâchette d'un pistolet, quand la femme est tombée, qu'Antony se trouve en face d'un cadavre, soudain il réfléchit, Antony, il hésite, il trouve, avec une rapidité au moins égale à celle qu'il a mise à pousser la détente, il découvre brusquement que la vie, cette guenille, a encore d'aimables lambeaux et le pistolet qu'il dirige contre lui-même est tenu d'une main beaucoup moins ferme que celui qu'il a braqué sur la victime.

Et il vit, Antony, ou du moins il voudrait bien vivre! Mais les gendarmes s'en mêlent, et aussi ces vilains juges d'instruction que les assassins de profession--qui méprisent volontiers les assassins par amour--appellent, dans leur argot, les curieux.

Des curieux qui ne sont pas des fervents de la curiosité, c'est-à-dire de la collection, comme ce Champfleury dont on vend les livres, les bibelots, les faïences et les autographes, cette semaine. Vente très intéressante, car Champfleury était un amasseur de documents, un chasseur de curiosités.