Quand je te donne une lettre, j'ai besoin tu répondes vite. Cela fait mon cœur joyeux, ma sœur en l'école. Quand je parle, je ne dis pas un mensonge.

Mon cœur est vrai. Toujours je t'aime d'amitié, toujours je t'aime d'amour. Je suis sincère. Ma pensée est droite. J'ai besoin toujours nous rions l'un à l'autre. Quand nous sommes ensemble toujours nous vivons heureux. Je pense; c'est bien comme cela. Toi penses, toute seule, et après, dis-moi ta pensée. Je veux te dire encore une chose: ne parle pas au Renard Gris. Cela me fait triste. Encore une chose; quand j'écris pour toi, ne dis rien. Si on voit la lettre, on m'emmène loin. Je ne te vois plus. Je suis triste, triste dans mon cœur. Ne montre rien.

Je veux te dire une seule chose: toujours je t'aime d'amitié, toujours je t'aime d'amour. Mon cœur donne une poignée de mains avec toi. »

Après cette lettre, qui osera dire qu'on ne peut civiliser les Indiens?

Mais l'Américain préfère les tuer...
Jehan Soudan.

LA MODE

Les réceptions sont rares, en ces mois frileux, et quelques dîners seuls, très élégants, permettent aux jeunes femmes d'arborer les toilettes du soir, prémisses de la saison. On a dîné chez la duchesse de Gramont, on a dîné chez la baronne Alphonse de Rothschild, on a dîné chez la duchesse de la Torre, on a dîné chez Mme Standish, et la fleur des élégantes, rassemblée autour de ces tables aristocratiques, a affirmé son goût pour le velours clair, que relèvent les broderies byzantines et les fourrures précieuses. Fourreaux directoire--auxquels Thermidor va nous ramener, dit-on, tout à fait--robes Henri II et robes Louis XIV, aux revers somptueusement doublés, qui retournent mollement sur la traîne, ou fantaisies originales, sans style voulu, qui mélangent les époques, sans souci d'en dégager aucune ligne spéciale, et font une harmonie de toutes pièces, glanées au gré du caprice.

Worth, toujours l'arbitre suprême du goût féminin, paraît, cette année, se soucier peu d'un style unique. Le Henri II domine, à coup sûr, dans ses créations, et fait le fond, si l'on peut dire, de ses costumes, mais, amalgamé volontiers de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV même, comme dans cette jolie toilette de dîner que portait naguère l'une des très belles et aristocratiques mondaines que la mort a rapidement emportées, ces derniers temps: je veux parler de la comtesse de Villeneuve.

Le corsage est décolleté à peine, la manche arrêtée seulement au coude. Car, par cette température surtout, dont la rudesse inaccoutumée exige de la part de toute femme délicate tant de précautions, la robe de dîner, sauf pour les dîners officiels ou de très grande cérémonie chez de hauts personnages, n'est point essentiellement décolletée. La «demi-peau» lui suffit, la richesse des étoffes suppléant en cette occasion à l'échancrure du corsage. Donc, corsage demi-décolleté, en satin vert malachite, à basque Louis XV, encadré autour des épaules par une dentelle d'or qui s'applique, devant, aux petits revers à la Robespierre, tout doublés de satin lilas de Parme. La manche collante, en satin lilas avec engageante de dentelle d'or, emboîte le coude qu'elle dégage. De gros bouillons noués, en satin malachite, forment épaulière, tandis qu'un corselet de velours pensée emboîte la taille, arrêté de côté, sous le corsage ouvert en veste, pour reparaître derrière et se nouer en longs bouts tombants sur la jupe, à traîne droite, de satin vert doublée de satin lilas, qui se retourne selon le goût Louis XIII, dégageant un jupon à panneaux, que réunissent entre eux des agrafes passementées d'or: ce jupon, en satin lilas, reposant lui-même sur un autre jupon de satin crème, aperçu à travers l'échancrure des panneaux. Des pierreries au corsage et dans les cheveux complètent cette toilette, un peu compliquée, mais de très grande allure.