--C'est vrai, mon petit.

--Je mange encore beaucoup pour mon âge, continua Le Bolloche, plus que je ne gagne. Ça ne peut durer: Il faut que je m'en aille avec Victorine.

La nonagénaire, toute alourdie qu'elle fût par l'immobilité, eut un tressaillement. Elle essaya, d'un mouvement instinctif, d'ouvrir ses yeux morts, qui n'étaient plus qu'une fente mince dans l'enfoncement ridé de l'orbite.

--T'en aller, fit-elle, et où t'en irais-tu, Etienne?

Le Bolloche se détourna à demi, comme si la grand-mère l'eût réellement regardé et qu'il n'eût pu supporter ce regard. Il répondit, avec un peu de confusion:

--Aux petites sœurs, Victorine prétend qu'on y est bien.

La vieille femme se souleva sur les bras de son fauteuil.

--C'est moi qui partirai, dit-elle, de ce même ton rude qu'elle avait transmis à son fils.

--Non, maman, non pas! Tu es trop bien habituée ici. Nous sommes plus jeunes, nous autres, le chagrin ne nous tuera pas!

--C'est que, mon enfant, rien ne m'appartient ici, je suis chez...