--Vous voulez dire une de nos sœurs?

--Oui. Je suis un ancien soldat, voyez-vous: pour moi, tout ce qui n'est pas un supérieur est un inférieur. Eh bien! votre sœur m'a appelé «petit bonhomme», je n'aime pas cela.

--Il faudra nous pardonner si nous recommençons, dit la sœur, sur le visage de laquelle le même sourire léger reparut: c'est un peu l'usage chez nous.

--Et puis, je voudrais savoir si on a la liberté de son opinion ici? Je préfère vous le dire tout de suite, je ne crois pas à grand'chose, moi, je ne suis pas dévot, je ne fais pas de mômeries. Et si on n'a pas la liberté de son opinion, je me remmène!

Le Bolloche disait cela de son plus grand air. Il s'aperçut avec étonnement que la sœur souriait pour tout de bon, d'un sourire si épanoui, si profond, si jeune, qu'il en perdit contenance.

Dame, fit-il, puisque c'est mon opinion!

--Ne craignez rien, répondit-elle: nous avons plusieurs petits bonshommes qui pensent comme vous.

Puis elle descendit le perron et vint donner la main, pour l'aider à sortir de la voiture, à la mère Le Bolloche, tout effarée des audaces de son mari.

Celui-ci avait déjà commencé à dételer l'âne.

--Conduisez-le à l'écurie, dit la sœur, là-bas... oui, c'est cela... tournez à gauche... devant vous, maintenant.