Autour de Le Bolloche s'étendaient de nombreux bâtiments de service, porcherie, écurie, poulailler, étables, et, sur la pente de la colline, du côté opposé à celui de l'entrée, un vaste champ de seigle avec des cordons de pommiers nains. Dans les allées se promenait une population lente, voûtée, cassée, trébuchante, de vieillards. Il y avait autant de béquilles que de jambes saines. Le vent maussade qui, là-haut, chassait des nuées fumeuses, aurait pu, se gêner, coucher à terre ces pauvres ruines humaines. En les regardant, Le Bolloche s'attendrit sur son propre sort. Il détela l'âne tristement, l'attacha devant une crèche, et le combla de foin. «Toi, au moins, dit-il, tu ne souffriras pas.» Ensuite il se mit à décharger la voiture, et, commençant par la bourriche, il enleva les baguettes qui retenaient captifs le coq et la poule. A peine sorti, le coq battit des ailes, et chanta. La poule se frotta le bec aux touffes d'herbe de la cour, et picora, sans le moindre trouble.

Le vieux Le Bolloche, qui avait en ce moment la comparaison triste, leva les épaules.

--Les bêtes, murmura-t-il, ça ne s'aperçoit de rien: ici, là-bas, tout leur est égal.

Et, du revers de sa manche, il essuya une larme qu'heureurement personne n'avait vu couler.

(A suivre.)

René Bazin