Artiste d'une distinction exquise, il avait plus que tout autre le sens de l'élégance et de l'aristocratie des femmes. Il les peignait avec joie, avec passion.

Et dans cette recherche de la vérité, telle qu'il la comprenait, telle qu'il la voyait, il rivalisait avec la nature de finesse et de sensibilité.

Chaplin avait eu de nombreux succès aux expositions annuelles de peinture. Il avait été médaillé en 1851, en 1852 et en 1865. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1865, il fut promu officier en 1877.

LES FUNÉRAILLES DU PRINCE BAUDOUIN

C'est le jeudi 29 janvier dernier, à 11 heures du matin, en l'église collégiale des Saints Michel et Gudule, qu'ont été célébrées les obsèques solennelles du prince Baudouin de Belgique, dont nous avons publié le portrait dans notre précédent numéro. Une foule énorme et profondément recueillie a encadré le cortège funèbre depuis le palais du comte de Flandre jusqu'à l'église de la résidence royale de Laeken, dans la crypte de laquelle la dépouille mortelle a été descendue.

A 10 heures et demie, le cortège funèbre a franchi le seuil du palais du comte de Flandre, plusieurs escadrons de gendarmes et de gardes civiques à cheval précèdent le cercueil. Celui-ci est recouvert de l'uniforme de capitaine des carabiniers et des décorations du prince, et porté par dix sous-officiers. Les ministres et les présidents de la Chambre et du Sénat tiennent les cordons du pœle. Devant marchent le colonel Donny, aide-de-camp du prince Baudouin, le capitaine Terlinden, son officier d'ordonnance, et M. Bosmans, secrétaire des commandements. Immédiatement derrière la bière viennent, à pied, le roi Léopold II ayant à sa droite le frère de l'empereur d'Allemagne, le prince Henri de Prusse, en grand uniforme de contre-amiral, et à sa gauche le comte de Flandre aux côtés duquel marche le prince Albert, frère du prince défunt. Puis les princes étrangers, le duc Philippe de Saxe-Cobourg, gendre du roi Léopold II, le prince de Battenberg, prince de Hohenzollern, etc., et aussi les représentants des souverains étrangers et des puissances. Immédiatement après suivent les sénateurs et les députés de Belgique. Enfin les équipages de la cour, en deuil, et le char funèbre, de forme pyramidale, drapé entièrement d'étoffes noires, surmonté du catafalque et presque littéralement recouvert par des fleurs et des couronnes. Notre dessin représente le passage du cortège sur la place Royale, au moment où il vient de quitter le palais du comte de Flandre, devant la haie formée par le régiment des carabiniers, le drapeau voilé de crêpe.

Georges du Bosch.

MEISSONIER

Ce n'est pas seulement l'artiste le plus renommé de notre temps, de l'École française et de toutes les écoles, qui disparaît avec Meissonier, c'est aussi le plus noble représentant de la conscience en art, de la dignité professionnelle de l'artiste. Meissonier, grand seigneur dans sa vie, grand dépensier, ne fut jamais un homme d'argent; il jeta au feu ou effaça sans hésiter des toiles qu'on voulait couvrir d'or. Tant qu'il ne se déclarait pas satisfait de son œuvre, l'acheteur, prince ou marchand, suppliait en vain, le maître restait inflexible. Conscience admirable, mais, il faut le dire, parfois funeste à l'œuvre même, car l'artiste n'est pas toujours le meilleur juge de ce qu'il fait; et il lui arrive parfois de détruire, alors qu'il croit ajouter à ses créations. L'heure de la suprême beauté d'une peinture coïncide rarement avec celle du parfait fini; il y a là un moment psychologique à saisir que celui-là qui peine à la tâche est impuissant à déterminer. Meissonier laisse d'admirables tableaux, il laisse de plus admirables études; on le verra bien quand aura lieu son exposition posthume, c'est-à-dire sous peu.

Jean-Louis-Ernest Meissonier naquit à Lyon, le 21 février 1811.