Tout ce que Paris compte d'illustrations dans le monde politique ou littéraire s'était donné» rendez-vous pour assister aux funérailles. A 10 heures et demie le cortège se met en marche et arrive à l'église de la Madeleine. Sur la place, difficilement contenus par les agents de l'autorité des milliers de curieux se pressent pour voir le corbillard qui disparait sous les couronnes de fleurs. Sous le péristyle de l'église, sous les colonnades, sur les marches qui mènent au grand portique, une foule recueillie se découvre avec respect quand le corps porté à bras par les employés des pompes funèbres fait son entrée dans la Madeleine. Immédiatement derrière suivent le fils du défunt et Mme Meissonier qui sanglote sous son long voile de veuve.
Après la cérémonie religieuse, le cercueil, placé dans un fourgon, est transporté à Poissy où a lieu l'inhumation.
Notre correspondant qui a suivi le corps est le seul qui ait pu voir et reproduire fidèlement le tableau si saisissant de ce corbillard,--derrière lequel tout à l'heure encore se pressaient une foule de dix mille personnes,--traversant sous un ciel gris les froides solitudes de la forêt Saint-Germain. Là, pas un être vivant pour saluer au passage la dépouille mortelle du maître, rien que l'abandon et le silence.
Enfin apparaît la grille de Poissy: le fourgon fait son entrée dans la ville, et devant la porte du cimetière, le clergé de la paroisse, la famille du défunt, le maire de la ville sont présents pour recevoir le corps. A ce moment, une délégation de jeunes enfants appartenant à l'école du pays vient se ranger de chaque côté du fourgon qu'entourent un grand nombre d'habitants de la localité. M. Dubois, curé de l'église de Poissy, procède à une première bénédiction du corps, qui est inhumé dans un caveau de famille.
AUX PETITES SŒURS
NOUVELLE
Par RENÉ BAZIN
Illustrations de JANKOWSKI
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