C'est précisément à quoi réfléchissait un jeune meunier qui, sans quelle l'aperçût, s'était accoudé à la lucarne du moulin.
De tout temps les meuniers ont passé pour philosophes et méditatifs. Je parle de ceux des hauteurs, leur métier les y porte. Ils tiennent de l'ermite et du guetteur de phare. Une partie de leur vie se passe à attendre, l'autre à laisser travailler le vent. Ils voient de grands horizons, et les choses petites en-dessous d'eux. Quand leur nature n'y est point rebelle, les meuniers ont beau jeu pour songer.
Celui-là ne sortait pas de la tradition. Son large feutre enfariné coiffai une assez belle tête de garçon, un peu molle, mais intelligente, des yeux bruns, des joues sans teint et une bouche légèrement relevée, dont tout le visage prenait un air de goguenardise, signe distinctif de l'espèce.
Il s'avança encore un peu dans la lucarne, et dit.
--Vous n'avez pas l'air bien pressée, mademoiselle?
Ce sont là de ces phrases banales par lesquelles, dans le peuple, les inconnus se tâtent, et manifestent l'intention d'engager un brin de causerie.
Elle le regarda, surprise, et, ne lui trouvant pas les yeux trop hardis, répliqua:
--Ni vous non plus, à ce que je vois.
--Que voulez-vous! reprit-il, quand le moulin va, les meuniers n'ont rien de mieux à faire que de regarder les filles qui passent; c'est un joli métier; même quand ça va le mieux, on a de la liberté.
--Tous les métiers ne sont pas de même, fit Désirée en soupirant.