Elle remonta le pré dans le foin haut, longea le mur, et bravement, à l'endroit où l'apparition s'était évanouie, posant le pied sur une pierre en saillie, elle se haussa jusqu'à dépasser le mur de la moitié de son corps. La route fuyait, floconneuse et grise. Personne qu'un paysan qui descendait la côte au trot de sa carriole. Pourtant elle ne s'était pas trompée. Elle considéra le sommet du mur, les barbes des mousses qui le couvraient, les rameaux étoilés d'une plante jaune qui y fleurissait, étaient couchés par place. Quelqu'un s'était appuyé là. Elle chercha encore, et, sur une ardoise nue, déchaussée de la muraille, au dernier rayon du jour, elle reconnut vaguement que des lettres avaient été tracées. Elle enleva la pierre, la tourna vers le couchant que bordait une dernière frange d'or pâle, et lut. «Désirée.»

Quel autre que lui avait pu écrire ce nom-là? La rosée d'une seule nuit eût suffi à effacer les caractères tracés à la pointe du couteau, tandis qu'au contraire, sur le bord de chaque trait, un duvet de poussière enlevé par l'entaille restait encore. C'était donc lui qui, tout à l'heure, l'avait regardée lever ses javelles de seigle, et, pour lui faire entendre ce qu'il n'osait lui dire, pour lui montrer qu'il songeait à elle, avait écrit. «Désirée».

Ce mot-là, c'était une lettre, en somme.

Une lettre d'amour. Qu'est-ce que cela signifiait, «Désirée», sinon. «Je vous aime!»

Il l'aimait donc?

La jeune fille emporta l'ardoise, et rentra.

La grand'mère attendait.

--Tu as été bien longtemps, dit-elle. L'angélus a sonné aux deux paroisses...

Désirée lisait pour la dixième fois, à la lumière d'une bougie, le mot écrit sur la pierre.

--Tu avais donc bonne envie de travailler ce soir? reprenait l'aïeule... Allons, mange un peu... Pourquoi ne réponds-tu pas? Tu es lasse?...