LES FOUILLES DE MARTRES-TOLOSANE
Des fouilles d'une importance considérable au point de vue archéologique sont pratiquées ou plutôt reprises en ce moment sur le terrain de la commune de Martres-Tolosane, dans la Haute-Garonne. Des bustes, des statues, des bas-reliefs, sont découverts chaque jour et le musées improvisé qui les recueille, en attendant leur transport à l'Institut, renferme à cette heure des pièces d'une grande valeur artistique. Nous devons à l'obligeance de M. F. Régnault, membre de la société archéologique, de pouvoir donner aujourd'hui une reproduction de quelques-unes de ces pièces, choisies parmi les plus intéressantes, et quant aux fouilles elles-mêmes, M. Lebègue, qui en est l'heureux initiateur, a bien voulu nous fournir les intéressants renseignements qui suivent:
«La petite ville de Martres-Tolosane couronne le sommet d'une colline dominée par les contreforts des Pyrénées. Devant elle, au nord, s'étend et s'élargit la plaine de la Garonne. Au pied de sa vieille église, assez imposante, elle étage les débris en partie conservés de ses remparts circulaires. Quelques fabriques de poterie, encore florissantes depuis le moyen-âge, s'élèvent sur la pente qui descend vers le fleuve. Elles en sont séparées par des champs cultivés où l'on voyait autrefois quelques murs d'une ville gallo-romaine, inconnue à l'histoire. Le nom lui-même en a-t-il été conservé? d'après le témoignage douteux des actes de Saint-Vidian, elle se serait appelée Angonia.»
Pourtant au dix-septième siècle on y découvrit des fragments d'architecture et des statues, quelques-unes fort belles, qui furent transportées à l'évêché de Rieux. En 1826 le hasard fit trouver dans le champ d'arbres antiques, et des fouilles continuées à cette place jusqu'en 1830 par l'archéologue Dumége enrichirent le musée de Toulouse de la plus intéressante collection de sculptures qu'ait jamais livrées le sol de la France.
Les unes viennent de la Grèce: telle cette charmante tête d'Ariane, délicate et fine, aux yeux légèrement bridés.
Mais de la Grèce nous passons à Rome; voici une nombreuse collection de bustes d'empereurs. L'un d'eux serait pour Rome elle-même une fort heureuse trouvaille; c'est un Auguste dont les proportions rappellent avec une exactitude parfaite les répliques déjà possédées par Florence et par le Vatican.
Les nouvelles fouilles que j'ai entreprises avec le concours de M. Ferré sont à peine commencées et déjà le résultat dépasse nos espérances. Nous possédons plus de cent vingt débris antiques.
Parmi toutes ces richesses, il faut mettre à part une Minerve que nous reproduisons et dont la tête malheureusement n'a pas été retrouvée; elle est digne de figurer dans un beau musée d'antiques; les draperies, très soignées, sont sculptées avec un art exquis. Puis une tête d'enfant, dont la physionomie est d'une douceur charmante.
Voici le sanglier d'Érymanthe, que les bras énormes d'Hercule enserrent dans une étreinte toute-puissante. C'est enfin une femme couchée d'un mouvement gracieux.
Tout nous porte à croire que nous marchons vers de nouvelles découvertes. Mais déjà nous pouvons affirmer une théorie qui ne sera plus contestée: il y eut en Gaule au troisième siècle une école de sculpture, imitatrice des anciens et qui eut cependant son originalité propre.